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[Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...

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Mortal ♦ Agent de l'Etat
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MessageSujet: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Lun 27 Fév - 12:57

J’ai dû regarder les enfants dormir pendant au moins une demi-heure, appuyée contre l’embrasure de la porte de Joran, puis de Solvei, espérant qu’ils ne se réveillent pas pour me demander ce que je fais là et refermer derrière eux. Je ne me sens pas le droit de les veiller comme ça, pas depuis que j’ai presque déserté la maison et pourtant, après cette soirée, j’en ai eu besoin. Un besoin viscéral, qui ne s’est pas tari même plusieurs jours après. Je continue d’aller les observer, cherchant peut-être une rédemption qui n’existe pas. Je referme alors la porte de ma fille le plus doucement possible, réprimant le soupir qui me vient spontanément avant de descendre les escaliers, essayant encore et toujours de ne pas faire de bruit. Tout le monde dort depuis longtemps. J’ai laissé la silhouette de Philippe enroulée dans les draps, me retenant à grand-peine de chercher du réconfort entre ses bras, sans bien savoir si c’était pas peur de me faire rejeter ou au contraire, d’y trouver une certaine paix. Pourtant, si les choses ne sont pas arrangées entre nous, elles ne se sont pas détériorées depuis le nouvel an. C’est toujours ça de pris. Il faut dire que je rentre à des heures plus que décentes, c’est fou ce que la mauvaise conscience peut être efficace mine de rien, mais je n’ai toujours pas envie de jeter un regard à ce qu’est devenu notre mariage. Parce que ce n’est pas le moment, qu’avec ce qu’il y a dehors, nous aurons bien assez à gérer comme ça. Ou quelque chose dans le genre.

J’ai une grimace de douleur alors que j’ouvre les différents tiroirs à la recherche de ces fichus comprimés que m’a donné le médecin pour mon épaule. Parce que si je n’ai eu qu’un peu mal le soir du nouvel an, j’ai l’impression que la cohue a réveillé une vieille douleur, que j’avais totalement oubliée. Mais le médecin a été rassurant. Plus d’angoisse qu’autre chose. Entre les décontractants musculaires et un peu de repos, tout devrait rentrer dans l’ordre rapidement. Il faudrait pour ça que je dorme bien, ce qui, dans le fond, n’est pas vraiment gagné.

Je finis par mettre la main sur le petit sachet de comprimés que j’ai ramenés cet après-midi et j’ouvre le frigo, un peu tiraillée par ce que j’ai sous les yeux. Non, ce serait vraiment déraisonnable de boire ça avec un verre de vin ou une bière. Du lait, ce sera parfait. Je m’en sers un grand verre et je m’adosse au plan de travail, buvant distraitement alors que mon regard se perd dans le vide l’espace d’un instant, que mes pensées s’égarent je ne sais où.

Mes yeux se posent alors sur la porte du four qui me renvoie ma propre image. C’est là que je remarque cette splendide moustache de lait qui orne ma lèvre supérieure. Je tire alors la langue en direction de mon reflet, sans même m’en rendre compte, avant de me mettre à faire des grimaces, comme la gamine que je ne suis plus depuis longtemps. Je ne sens même pas une présence avant d’entendre du bruit derrière moi et je sursaute, me retournant, un sourcil arqué, arborant la tête d’une enfant prise en faute. Je toussote alors, avant d’esquisser un sourire, comme si de rien était, croisant mes mains derrière ce vieux t-shirt que je porte en guise de pyjama et qui lui appartient. Cette vieille manie dont je n’ai jamais pu me défaire, m’approprier ses vêtements pour pouvoir dormir.

"Ca fait longtemps que tu es là ? Je… tu veux un verre de lait aussi ? Je peux même te faire une moustache aussi élégante que la mienne si tu le souhaites."

J’aurais peut-être dû lui dire que j’avais mal. Enfin, en même temps, il avait déjà assez à faire à s’occuper des enfants, à les rassurer, me rassurant moi-même dans la foulée et faire… je ne sais trop quoi à dire vrai. J’ai beau avoir passé plus de temps à la maison ces derniers jours, je n’ai pourtant pas l’impression de l’avoir croisé aussi souvent que je l’aurais cru. Ou voulu. Tiens, voilà une nuance qui mériterait que je me penche dessus. Ou pas, on est bien d’accord. J’attrape alors la boite de comprimés et je jette à peine un regard à la notice avant d’en prendre deux au creux de ma main, me demandant s’ils vont vraiment faire effet rapidement.  

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Sam 4 Mar - 19:05

Je tiens mon FAMAS entre les mains. Ma respiration est troublée par la peur, la panique, qui me serre le cœur et y plonge ses griffes, y diffuse son poison. Mais je l’utilise. Je suis un para entraîné ; je sais ce que j’ai à faire. Du moins c’est le cas en temps normal. Cette saloperie bute mes hommes. L’ombre dans la nuit les attrape et on n’entend qu’un long hurlement avant de ne tomber que sur des mares de sang. Je continue d’avancer en silence jusqu’au VAB, d’où ressortent des bruits terribles de succion, d’os brisés. Les cris déchirants qu’on entendait juste avant ce sont tu, et ne reste plus que le son horrible d’une créature, d’un monstre qui est en train de se nourrir. Je sais déjà à ce moment-là, au fond de mes tripes, que ce bruit me hantera jusqu’à la fin de mes jours. Je tire une grenade de ma veste, arrache la cuiller et tire sur la goupille. Un de mes hommes crie en refermant la porte de l’habitacle juste après le lancer et nous courrons. BOUM. Je me réveille en sursaut. Haletant. Je suis tout seul et en caleçon, les draps et la couverture reposent à mes pieds en pagaille. Je suis couvert d’un voile de sueur et ma poitrine se soulève à intervalles extrêmement rapprochés. Je mets plusieurs secondes à retrouver mes marques, je me sentais perdu. Je ne sens plus sur ma peau la chaleur de la nuit d’été afghane, et je n’ai plus cette odeur propre aux plantes sèches de là-bas. Je reprends mon souffle. J’essaie de me calmer. Je sais pourquoi j’ai vécu à nouveau cette nuit horrible. J’ai en tête ce qu’il vient de se passer aux festivités du Nouvel An, et la discussion que j’ai eue avec ma sœur. Nous n’avons le contrôle sur rien du tout.


Je n’ai pas eu de nouvelles de Tonni, et je suis assez inquiet.


Je renonce à me rendormir. Jaana n’est pas là, avec moi. Elle aussi doit avoir du mal à trouver le sommeil. Je l’ai peut être réveillée, aussi. Je mets de longs instants avant de cesser tout à fait d’entendre le bruit des hélicos et des coups de feu. Je redescends les escaliers et je traîne jusque la cuisine, où je vois la silhouette de ma femme devant le four. Je fais pas super attention à ce qu’elle fait, j’ai la tête dans le cul. Et elle me voit arriver alors elle se retourne et je vois que ses lèvres sont surlignées de lait. Elle me demande si je veux du lait, mais ça faisait des années que je n’en buvais plus ; ça me pesait systématiquement sur les tripes. Du coin de l’œil je la vois prendre des médocs. Aucune idée de ce qu’elle prend ces derniers temps, et je suis pas super certain de vouloir savoir de quoi il s’agit vraiment.



| Non, merci. J’aurais encore plus l’air d’un gland avec ça. |


J’ouvre le placard où on range toutes les bouteilles d’apéros et produits sur le bar, une bouteille de whisky dont je me sers une généreuse rasade


| Ca fait longtemps que t’es réveillée ? C’est ma faute ? |

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Sam 25 Mar - 12:50

Je me demande combien de temps nous allons pouvoir continuer comme ça. A croire que le monde extérieur ne va pas s'écrouler sur nous, à nous convaincre que notre famille tiendra face à tout ça. Ou alors, c'est juste moi qui essaie de m'en convaincre. Et autant dire que ce n'est pas des plus efficaces, surtout avec ce qui s'est passé durant cette soirée. Pourtant, j'essaie de me vider un peu la tête, de chasser ce que je ne peux contrôler et de me focaliser sur ce que je pourrais améliorer. Autant dire qu'il n'y a pas grand-chose de positif qui me vienne à l'esprit. Alors je fais quelque chose d'aussi puéril qu'inhabituel, de toute façon, personne n'est là pour me voir, ce n'est donc pas vraiment un problème.

Même si j'entends des pas derrière moi et que, comme à chaque fois que je vois celui qui est mon mari depuis bientôt 20 ans, mon cœur a un raté. Quelle que soit mon humeur, quels que soient mes doutes quant à la force de mes sentiments et ma capacité à sauver ce désastre, ça, je sais que ça ne changera jamais. Pour autant, je ne sais pas trop comment réagir et je me contente de boire la moitié de mon verre avant de laisser filer un léger rire à ses propos.

"J'ai l'air d'un gland, c'est ça ? Enfin, peu importe."

Je le suis des yeux alors qu'il va se servir et je retiens un bref soupir à sa question. Avant de me demander quelle est la réponse la plus appropriée et de me dire, qu'au fond, là au moins je peux lui dire la vérité.

"Je n'ai pas encore fermé l'œil pour être parfaitement honnête. J'ai des douleurs à l'épaule assez vives depuis le nouvel an et ça m'empêche de dormir quand je ne prends pas ces fichus médicaments. Mais tu sais à quel point je déteste prendre ces trucs donc…"

J'ai un haussement d'épaule avant de grimacer de douleur et j'ajoute, d'une voix plus douce.

"Et puis… j'ai demandé conseil à des médecins. Il parait que c'est mieux de ne pas chercher à te réveiller quand tu fais un de tes cauchemars, tu risquerais d'être encore plus déboussolé au réveil ou, pire encore, à te croire encore dans ton rêve. Et certains m'ont même conseillé de ne pas être à tes côtés quand tu ouvres les yeux. Pour que tu puisses reprendre… une contenance, te calmer, sans avoir à te demander ce que ta femme fiche au beau milieu de tes troupes."

Je finis mon lait avant de poser la boite de médicaments auxquels je n'ai pas touché et de lui tendre mon verre.

"Alors j'essaie de ne pas être là quand ça t'arrive. Il parait que c'est ce qu'il faut pour toi. Je peux au moins faire ça. Peu importe que ça me réveille ou non."

Et je laisse filer un silence avant d'ajouter, un peu hésitante.

"Comment tu vas ?"

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Dim 26 Mar - 18:05

Avec Jaana, on avait dépassé le stade de l’intimité où on aimait pas trop se donner en spectacle depuis bien des années. Là, je me servais un whisky bien tassé au milieu de la nuit, devant elle, sans la plus petite vergogne. Je prends le verre en main ; un verre épais, large, où la dose d’alcool dépasse la limite réglementaire à chaque fois qu’on en verse une bonne dose. Je joue avec le petit récipient quelques secondes alors que ma femme joue de son côté, et elle rit quand je la tance sur sa tronche avec le lait. J’ai un vague sourire, mais qui tient plus de l’habitude ou du réflexe que du véritable amusement. Je ne m’ennuie pas, là. Mais je suis beaucoup trop plongé dans mes pensées pour réfléchir à quoi que ce soit d’autre qui soit vraiment cohérent.


| Un peu… |


Réponse évasive, mais pas fausse pour autant. Je lui demande si je l’ai réveillée. Je sais que ce genre de nuit agitée provoque assez souvent le sommeil de mon épouse comme dommage collatéral. Ce n’est plaisant pour personne, et ce n’est pas non plus enviable. Certains, quand vous leur disiez que vous étiez un ancien troufion, vous considérait de facto comme un héros. D’autres comme un pur fasciste. D’autres enfin, comme un mercenaire qui avait le goût du risque. Aucun ne se rendait compte concrètement de la confusion qui nous enserrait dans une étreinte bizarre, désagréable. Et elle me raconte qu’elle n’a pas dormi du tout, qu’elle porte les stigmates du nouvel an, sans avoir pu se satisfaire des médocs.


| C’est le comble quand même, pour quelqu’un qui dirige un labo. |


Ce n’était pas forcément une réflexion, mais c’est vrai qu’on n’aurait pas pu s’y attendre. En général, les gens qui bossent dans le médical n’avaient pas forcément quelque chose contre les médicaments. Mais Jaana, si. Et voilà qu’elle me dit qu’elle s’est renseignée pour moi, même si au fond elle ne le dit pas tout à fait comme ça. Je ne lui parle pas de mes rêves. Jamais. Ils n’appartiennent qu’à moi. Personne, de toute manière, ne pourrait gérer ça à ma place. Je hausse les épaules, je reste dans le vague. Ce serait peut être le moment de tout lui dire. Cassandra. Tonni. Tout, sur tout. Ce n’était pas l’endroit ni le moment rêvé, mais je prenais conscience que peu importait l’occasion, le timing ne serait jamais bon. Et je savais aussi qu’elle me demandait comment ça allait par rapport à mes cauchemars. Je devais lui dire, tout lui avouer. C’était le serment que je lui avais fait, jadis.


| Ca va. |


Raté.


| J’ai eu un souci au boulot, y’a deux jours. Des virus et tout le bordel sur mon pc. Je crois que Joran l’a utilisé en douce. Pour, tu vois… Des sites pour adultes. Je me suis fait choper pour une question de virus, à cause d’une PJ d’un collègue benêt, et j’ai été assez con pour cliquer dessus. Et quand mon ordi a été contrôlé ils ont trouvé plein de merdes dedans. Rien de dégueu, je te rassure, mais je pense qu’il voulait pas se faire pincer à la maison. Ou alors c’est un de mes collègues lors de notre dernier voyage en plateforme…. |


Philippe Raulne, héros de guerre et militaire décoré… Qui botte absolument tous les sujets en touche.

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Mar 4 Avr - 18:10

Je le regarde se servir à boire, songeant qu'à une époque, j'aurais certainement froncé les yeux en voyant la dose bien tassée qu'il est en train de se servir. Je lui aurais aussi probablement demandé pourquoi il a besoin d'un tel verre, au beau milieu de la nuit, alors que les choses ont l'air d'aller bien. Et j'aurais cherché à connaitre la vraie réponse. Mais je ne me rends compte que je n'ai pas envie de savoir ce qui ne va pas, que l'idée qu'il doive boire ce verre uniquement à cause de ses cauchemars est suffisamment plausible pour que je me retranche lâchement derrière. Et pourtant, s'il y a un point que je pensais que nous avions en commun, c'était cette capacité à ne pas faire de compromis, à vivre passionnément chaque instant. Quand est-ce que les choses ont dérapé ? Probablement au premier de ses compromis, quand il est venu vivre ici. Et depuis, j'ai le sentiment que tout s'est désagrégé peu à peu, surtout ces derniers temps, sans arriver à savoir à quel moment précis tout ça m'a sauté aux yeux. Mais, à cette heure de la nuit, alors que j'ai du mal à avoir les idées claires, je n'ai pas envie, une fois de plus, de me questionner là-dessus.

Je retiens un soupir et je lui jette un regard en coin. Il a l'air encore totalement embrumé, ou plongé dans ses pensées, je ne saurais pas le dire.

"Un peu ? C'est trop flatteur…"

J'ai répondu par automatisme, glissant tout de même une pointe d'ironie sans même m'en rendre compte. Alors nous parlons de son sommeil, sujet difficile mais pour autant nettement moins glissant que pourraient l'être les autres. Il m'écoute alors que je lui annonce ne pas avoir fermé l'œil. Et je hausse une épaule, non sans grimacer.

"Justement, je sais ce qu'il y a dedans, je me méfie."

Je fronce légèrement les sourcils, un peu étonnée qu'il ne fasse pas de commentaires sur le fait que je me sois renseignée, pour savoir quoi faire pour l'aider, avant de réaliser que je ne pourrais rien faire pour lui. Ce jardin secret qui a toujours été le sien semble tellement inaccessible que je n'ai pas envie de lui enlever ça. S'il veut me parler, il l'aurait fait. Je suppose. Mais je ne suis probablement la meilleure confidente du monde, certainement même. Pourtant, ça ne fait qu'alourdir ce sentiment qui flotte entre nous, un non-dit supplémentaire, qui vient de lui cette fois.

Et là, quand je lui demande si ça va, je ne sais pas pourquoi, mon cœur a un battement alors qu'il ne répond pas tout de suite. Ca ne dure pas, juste un instant, un bref instant de peur ou d'espoir, je ne saurais le dire, ou je me dis que l'un de nous va dire ce qui cloche et que tout le reste suivra. Que ce soit une bonne ou une mauvaise chose, au moins, cette impression se dissipera enfin, ce sentiment de gâchis qui ne fait que grandir sans que j'y puisse quelque chose.

Ca va…

Raté. J'inspire doucement, me raccrochant donc à ce qu'il veut bien me dire. C'est déjà mieux que rien non ?

"Joran, utiliser ton pc pour aller sur des sites comme ça ? Ca m'étonne… pas le fait qu'il ait envie d'aller voir ce genre de choses, c'est de son âge et … enfin, je le pensais plus malin que ça. Surtout qu'il sait que tu vas lui faire un sacré sermon pour avoir utilisé ton pc. Je suppose, non ?"

Je mordille la lèvre alors que je finis par déposer les médicaments. Et je le fixe, cillant quelques instants avant de reprendre, d'un ton doux.

"Philippe… depuis quand est-ce que nous…"

Mon téléphone, posé sur le plan de travail, se met à vibrer. Je fronce les sourcils et je l'ignore, sans même regarder le numéro. Il faut que je trouve mes mots, que je sache par où commencer. Le moment n'est pas idéal mais, je ne sais pas, ça pourrait être pire non ? Voilà qu'il s'arrête. Avant de recommencer. Je lève les yeux au ciel et je me décide à l'attraper. C'est le numéro du standard du CNRB. Je plisse des yeux alors que je décroche.

Et, alors que j'entends l'un des hommes de la sécurité me raconter ce qui vient de se passer, je me sens pâlir et j'ai l'impression que tout tourne autour de moi. Je n'arrive qu'à bafouiller quelques mots avant de me rendre compte que j'ai lâché le téléphone et que j'ai du mal à respirer. Les bureaux saccagés. Mon bureau. Qu'est ce qu'ils savent ? Qui a bien pu faire ça ? Et je tremble, sans arriver à m'en empêcher, sentant la panique qui m'envahit entièrement.

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Mer 19 Avr - 21:45

Nous avions toujours eu une grande liberté de parole, l’un avec l’autre. Je pense que c’était jusqu’à cette petite liberté qui avait plu à Jaana, chez moi. Arrêter de se prendre la tête avec toutes les conventions sociales qui régissaient la vie de ses parents nantis, grands scientifiques et diplomés de je n’avais jamais compris quoi. Avec moi, elle n’était qu’une femme. Pas dans le sens péjoratif, je vous vois venir. Il n’y avait rien de péjoratif à en être une, et même si j’aimais lui sortir ce genre de phrase en mode attaque sournoise, nous savions tous les deux qu’il n’y avait rien d’aussi faux au monde. Elle était intelligente. A en crever. Si elle voulait parler boulot, son vrai boulot je veux dire, je ne comprendrais rien. Entendez par là que tout son bordel d’administration, en bon français que je suis, je comprenais parfaitement où ça conduisait. Par contre, sa spécialisation, ses études, ses recherches. Alors là… Je ne saurais même pas dire avec précision ce que c’était qu’une cellule ; je me rappelais aparfois en souriant comment j’expliquais les choses aux enfants, jadis, avec mes propres mots. « Les cellules, c’est des tous petits bouts de toi ». Ouais. On s’arrêtait toujours à peu près là. Au moins, j’avais des gamins intelligents. Nous n’avions jamais eu de glace formelle, avec Jaana. Restait le fossé de ce que nous étions. Fossé qui se creusait de plus en plus. J’en oublie de répondre à ma femme. Je ne sais même plus de quoi nous parlons. Ca m’arrive, parfois. Quand je repense au passé. Quand je revois ces visages, quand je ressens ces sensations.


Bref, peu importe. Jaana a au moins rendu les armes sur le sujet depuis un moment. Elle n’avait pas toujours été aussi conciliante. Même si au fond, ça ne l’empêchait jamais d’essayer de titiller un peu cette mémoire, cette posture que j’avais vis-à-vis de mes années de service. Elle voulait savoir, car elle était naturellement curieuse. Mais elle restait suffisamment intelligente pour savoir qu’elle regretterait sans aucun doute ce qu’elle viendrait à apprendre.


J’ai l’impression quand même, l’espace d’une seconde, que je vais tout lui dire. Le boulot. L’armée. Le passé. Les Monstres. Tonni. Je devrais lui dire pour Tonni. Pour ça, pour tout le reste. Et déjà, on parle de Joran. Mais c’est vrai, elle a raison. Seulement, comment ne pas paraître suspect aux yeux de ma femme en plus de ma propre boite ?



| Ouais, à moi aussi ça me semble bizarre. Je pense qu’il aurait eu le bon sens d’effacer l’historique. Ou de prendre mon pc perso. Je me demande si ce n’est pas un collègue qui me l’a « emprunté » à notre dernière visite de station, mais même ça, ça me semble gros. Je ne sais pas, tout ça, c’est un peu étrange, mais je… |


Et voilà. Comme d’habitude quand on discute. Même en plein milieu de la nuit, bordel de merde, ça n’arrête plus. Je pars au quart de tour, je fulmine en un instant. Ma si précieuse et ma si aimante petite femme, toujours pendue à son putain de téléphone de merde ! Je la vois blêmir, et là je me dis que quelque chose cloche. Je fronce les sourcils, essaie de calmer ma respiration.


| Euh… Ca va ? Rien de grave ? |

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Jeu 4 Mai - 10:03

Même si les choses devaient mal finir entre nous, jamais je n’oublierais que c’est lui qui m’a permis de voir le monde autrement, qui m’a aidé à sortir de cette vision trop étriquée que j’avais de par ma famille ou encore mon éducation. Moi qui me vantais d’être une femme ouverte d’esprit, sur le monde, je suis tombée de haut avant qu’il ne m’entraine avec lui, qu’il ne me fasse découvrir un autre monde. C’est cette différence qui m’a séduite et qui, paradoxalement, nous joue des tours aujourd’hui. Enfin ça et le reste. Pourtant, il y a parfois une trace de cette complicité qui a pu naitre entre nous qui subsiste encore. Quand nous ne faisons pas attention. C’est instinctif, même si ça se fait manger par le reste la plupart du temps. Mais, quoi qu’il arrive, je lui serais reconnaissante pour ça. Et pour bien d’autres choses évidemment. J’ai un soupir alors que je le vois se perdre dans ses pensées, ses souvenirs d’un monde où je n’ai pas ma place. Je ne vais pas le pousser dans ses retranchements, ce serait du temps perdu pour rien et ça pourrait nous faire mal autant à l’un qu’à l’autre. Alors pourquoi en rajouter une couche ? Pas dit qu’on ait besoin de ça en ce moment.

Et là, l’instant serait parfait pour lui parler. De quoi au juste ? Je ne sais pas trop. Joran est presque un sujet facile, même si cette histoire de pc a quelque chose de louche. Je serais encore plus parano que je ne suis en train de le devenir, je m’interrogerais à ce propos. Mais j’ai encore de la marge visiblement et je me demande plus quel plaisantin a voulu jouer avec lui, sans même me douter que ça pourrait être bien plus grave.

"Je n’aurais jamais cru parler un jour de sites de cul visité par notre fils au beau milieu de la nuit en tout cas."

J’ai une ombre de sourire avant que les choses ne dérapent. Une fois de plus. Le téléphone sonne et, si je m’efforce de l’ignorer, je ne peux pas le faire longtemps alors qu’on insiste. Et, si le moment se fait grave, je ne me rends même pas compte que mon cher époux fulmine à mes côtés. Parce que ce n’est pas le moment. Et que là, je dois faire un choix. Un vrai. Aller au labo ne servirait à rien là, tout de suite, voir les dégâts au beau milieu de la nuit sans être capable de vraiment les mesurer serait encore pire qu’autre chose. Alors je souffle, d’une voix tremblante.

"Il faut qu’on parle. Mais laisse-moi juste… quelques instants. Que je me reprenne et…"

J’inspire, attrapant le rebord du plan de travail que je serre de toutes mes forces avant de le lâcher et d’attraper son verre que je vide d’une traite, sans même lui demander mon avis. L’alcool me brûle la gorge et cette sensation désagréable me permet de remettre les pieds sur terre. Mentir ne m’avancera à rien, sur ce sujet en tout cas. Et je vais avoir besoin de lui pour qu’il protège les enfants. Et probablement qu’il se protège lui-même de tout ça.

"Le CNRB a été cambriolé. Je ne sais pas encore ce qu’ils ont pris ou ce qu’ils savent. Mais c’est grave. Très grave. Et ça risque de nous impacter, d’une façon ou d’une autre. Je…"

Je me pince l’arête du nez, cherchant mes mots, essayant d’occulter cette inquiétude qui prend le pas sur tout le reste.

"… je savais avant la vidéo. Pour les lycans. Les vampires. Je travaille sur eux depuis que je suis au CNRB et… c’est encore pire que ce que tu peux imaginer."

Voilà. La bombe est lâchée. Plus ou moins. Une petite bombe à comparé du reste. Reste à voir comment il va déjà réagir à ça avant de continuer. Mal probablement, c’est ce que je ferais à sa place.

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Jeu 4 Mai - 12:02

Tout est évacué au moment même où Jaana change totalement d’attitude. Son vague sourire se fâne et je sais d’instinct, dans l’instant, que quelque chose ne va pas. Ce n’est pas quelque chose que je vois souvent, elle est d’ordinaire si sûre d’elle-même, si déterminée, là elle doute et je sais d’instinct qu’il s’agit de quelque chose de grave qui vient de se produire. Je suis furieux, pourtant, parce qu’on ne peut jamais parler de rien avec Jaana sans qu’elle ne se retrouve à devoir gérer un truc quelconque au boulot. Plus inquiétant, elle semble perdre pied, physiquement et psychologiquement, quelque chose s’effondre en elle. Et là c’est la fin des haricots. Elle boit le verre d’alcool jusqu’à la lie et commence par me dire que son boulot a été cambriolé. Personne ne sait rien et ça va nous impacter. Euh... Pardon ? Je fronce les sourcils. La rage et colère menaçaient de devenir complétement incontrolables.


| Et comment que ça nous imp... |


Et voilà qui, prenant son courage à deux mains, me lâche sa bombe. Je comprends mieux ses questions, ses interrogations, de ses dernières semaines. Elle savait. Je reste estomaqué. De ces mensonges. De cette prise de risques. Et elle en sait encore plus, visiblement, puisqu’elle me dit que c’est « encore pire » que ce que j’imaginais. A une époque où l’on déblatère sur la théorie du complot comme justification de tous les champs d’incompétence possibles, on ne peut pas dire que je ne suis pas surpris ; pour une fois, les complotistes avaient raison. Le CNRB est un organisme en bonne partie public et savait. Ca veut dire que l’administration est au courant depuis un certain temps mais aussi... Le secteur privé. J’imaginais mal qu’on travaille sur des sujets au CNRB qui sont inconnus des investisseurs, ce serait quand même un monde ! Je fulmine. Je me ressers un verre et l’engloutis à mon tour. Il me faut du courage, et pour ne pas exploser, et pour ce que j’ai à dire.


| Alors tu savais, tu avais connaissance des risques qui pesaient sur nous et tu n’as rien dit... |


Comme je n’avais rien dit pour Tonni. Pour Cass’. Mais ce n’était pas pareil ; j’avais eu raison, au moins pour ma soeur. Maintenant que je savais ça tous les doutes étaient balayés ; Jaana ne saurait pas m’aider à la protéger et elle était même un danger potentiel supplémentaire pour ma soeur. Je devais donc garder le silence pour être sûr de protéger tous ceux qu’il fallait. Je me fige alors que je fais gaffe à un détail.


| Ca fait DEPUIS que t’y es que tu le SAIS ? Putain de merde ! ça t’es pas venu à l’idée que ton implication pouvait nous mettre directement en danger ? Si ton boulot a été cambriolé, tout va se savoir. Tout sur toi, aussi. Où tu habites, qui t’entoure, qui tu fréquentes. Et tu « travailles sur eux » ? Donc maintenant, tu nous mets directement en danger. Et tu me mens depuis plus de dix ans. |


J’ai un rire ironique, amer.


| Tu vois, je croyais que t’avais quelqu’un d’autre dans ta vie. Tes si merveilleux collègues, tous des putains d’intellos, tes contacts au gouvernement, tes putains d’investisseurs. Je t’ai trompée parce que j’étais jaloux et parce que j’étais tout seul alors que toi, tu jouais au docteur nazi avec des putains de monstres ! |


Je reprends mon souffle. J’en ai trop dit et pas assez.


| Ces fils de pute ont tué mes amis, en Afghanistan. Je t el’ai caché, je plaide coupable. Mais jusqu’à il y a quelques semaines, je ne savais même pas que c’était un vampire, le responsable. On n’a vu qu’une ombre tuer des gars, rien de plus. Les forces spéciales ont pris le relais et ont étouffé l’affaire et moi j’ai eu droit à une analyse psy pour ce que je « pensais » avoir vu. Mais putain, tout ça c’était vrai. Et tu savais très bien, contrairement à moi, à quoi tu avais affaire. Et tu n’as rien dit. |


Je redresse un regard furieux vers ma femme.


| Nos enfants ont-ils un risque de subir quoi que ce soit à cause de ce que tu as fait ? Est-ce qu’ils sont en danger ? |

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Lun 15 Mai - 8:36

J’accuse le coup alors qu’il réagit à la bombe que je viens de lâcher, gravant chacun de ses propos dans mon esprit, inspirant doucement pour ne pas me mettre à lui hurler dessus ou, pire encore, pour ne pas me mettre à le marteler de coups. Au vu de son gabarit et du mien, ce serait bien inutile. Alors j’attends qu’il ait fini et j’inspire doucement, m’exhortant à garder mon calme pendant que je cherche mes mots. J'aurais peut-être dû me taire, laisser couler, prendre sur moi et tenter de résoudre les choses par moi-même, sans l'y mêler. Mais c'est trop tard. J'ai fait ça parce que je pensais pouvoir avoir confiance en lui et en ses capacités de raisonnement en temps de crise, autant dire que là, dans l'immédiat, je me sens un peu à coté de la plaque. Et puis, je lâche, sans avoir eu le temps d’y réfléchir quelques instants supplémentaires.

"Tu n’es qu’un hypocrite."

Je laisse filer un rire sans joie alors que je secoue la tête, presque incrédule et que mon regard accroche le sien. Il est furieux ? Et bien tant mieux, il n’est pas le seul.

"Alors, que je résume bien, que je prenne les choses dans l’ordre. Tu me reproches, toi, un ancien militaire, qui devrait probablement être la personne la mieux placée pour comprendre quand on te donne l’ordre de ne rien dire, quand il s’agit d’un secret d’état qu’il t’est interdit de révéler de ne rien t’avoir raconté ? Tu dis que je t’ai caché des choses alors que toi aussi tu savais que quelque chose clochait depuis longtemps et que tu m’as affirmé haut et fort que tout cela n’était probablement qu’une plaisanterie ? Tu as subi une analyse psy ? Et alors, tu m’en as parlé ? Tu m’as dit ce que tu avais vu ? Non, tu as tout gardé pour toi. Je devais lire dans tes pensées pour savoir ce que t’avais pu vivre là-bas, c’est ça ? C’est de ma faute ça aussi si je ne sais pas exactement ce qui s’est passé pendant tes foutues missions ?"

Je me mords la lèvre pour ne pas qu’elle tremble avant de reprendre, ma voix montant d’un cran sans même que j’en ai réellement conscience.

"Et en plus, tu oses m’accuser d’être responsable parce TOI tu m’as trompée ? Monsieur s’ennuyait, monsieur se sentait tout seul alors, au lieu de faire comme j’ai pu faire moi pendant que je t’ai attendu toutes ces années, au lieu de tenter de voir ce qui n’allait pas, de me forcer à parler, de me mettre au pied du mur, t’es allé faire quo i ? T’es allé baiser ailleurs ? Et tu oses dire que c’est de ma faute ? Tu peux me mettre ce que tu veux sur le dos, mais ça, n’essaie même pas. Si tu es allé voir ailleurs, si tu préfères une autre femme que la tienne, c’est ta faute et uniquement la tienne. J’aurais pu le faire tout le temps où tu étais loin, où je me sentais seule, où j’avais le sentiment que ton travail comptait plus que moi et ça ne m’a jamais effleurée."

Hypocrite, moi ? Evidemment, il est loin d’avoir la palme dans ce domaine. Mais hors de question de lâcher ne serait-ce qu’un centimètre de terrain à ce niveau-là. S’il a envie de m’annoncer la bouche en cœur qu’il va voir ailleurs, je ne ferais pas la même erreur. Je me rends compte que ma voix s’est mise à trembler et que, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, je me sens trahie. Parce que je m’imaginais qu’il resterait sagement à m’attendre ? Comme je l’ai fait ? Probablement. Je sais que c’était ridicule de croire ça, surtout au vu de mon comportement récent mais, peu importe. Et je reprends, les mâchoires contractées.

"Tu me traites de docteur nazi alors que tu ne sais même pas ce que j’ai pu faire dans ce labo. Que tu n’essaies même pas d’imaginer ce qu’on a pu me dire pour que j’y bosse. Non, évidemment, je trouvais ça juste super amusant de bosser là, je n’étais pas du tout guidée par le fait qu’on m’ait permis d’orienter mes recherches pour guérir certaines maladies ,comme celles de ma mère. Non, ça tu t’en fous. Comme du reste."

Et j’inspire de nouveau, histoire de reprendre un semblant de self-control.

"Nos enfants sont en danger. Comme toi. Comme moi. Pas à cause de ce que j’ai pu faire mais à cause de ce qui se passe dehors. A cause de ces créatures. A cause des vampires qui veulent éliminer les loups. A cause des humains qui veulent être armés pour affronter la menace et ne pas être juste le prochain goûter. Et… peu importe… Il faut que je boive quelque chose."

Et mon téléphone sonne de nouveau. Je lâche un juron avant de le lancer par terre, sans même y réfléchir. Qu’ils aillent tous au diable.

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Lun 15 Mai - 13:30

Nous sommes tous les deux ulcérés, maintenant, par nos révélations mutuelles. Elle, sans doute parce qu’elle n’imaginait pas ce que nous venions de nous balancer à la tête. Dix ans avant, nous n’aurions sans doute jamais imaginé nous mentir, nous tromper. Mes les années nous avaient usés, ça et tout le reste. Aujourd’hui je ne saurais dire s’il restait quelque chose, mais la méfiance et la rancoeur empoisonnaient nos relations depuis tellement longtemps qu’il était plutôt compliqué de voir les choses de manière objective et sincère. Et la voilà qui m’insulte d’hypocrite, alors qu’elle semble sous le choc. Et la voilà qui se met à rire. Je suis de plus en plus en rage, et la dévisage d’un air sombre qui ne présage rien de bon. Et voilà qu’elle me reproche encore l’armée. Là, je ne prends plus de gants et ma voix éclate dans la cuisine, je perds totalement le contrôle ou ce qui y ressemblait jusque-là.


| On m’a dit que ce que j’avais vu ne c’était pas passé comme ça. Que mon esprit avait inventé des trucs à cause des médocs qu’on nous donnait, que c’était du SPT qui, soupoudré par dessus l’angoisse pendant l’embuscade m’avait fait « voir » des choses. Tu me faisais déjà quitter l’armée, j’allais t’avouer comme une fleur qu’on m’y avait cru timbré ? Je suis passé à autre chose. Qu’est ce que je pouvais faire d’autre, ce que j’avais « vu » ne s’était jamais passé ! |


Je n’avais pas vraiment « choisi » de le cacher, mais j’avais essayé de ne pas laisser ces événements pourrir le reste de ma vie. Et voilà qu’elle se défend, du fait que j’avais choisi, sciemment pour le coup de la tromper. Je la regarde fixement du même air furibond. Elle se pose en dame de la probité qui n’a jamais fauté. Mais je savais bien que dans une entreprise, même semie-publique, les réunions officielles n’était pas aussi souvent tardives. Je n’étais pas un abruti.


| D’accord, tu l’as pas fait quand j’étais loin. Et quand j’étais près ? On reparle de cette soirée de « gala », de « collecte de fonds », où tu n’es pas rentrée ? |


Autant crever les abcès une bonne fois pour toutes. Sans jamais le savoir, je sentais bien que ma femme n’était plus attirée par moi, en tous cas elle n’initiait plus rien depuis longtemps. Elle avait toujours eu moins de besoins que moi, mais plus iren du tout... Elle ne l’avait pas encore eue sa ménopause, et elle pouvait pas me faire la gueule aussi longtemps. Elle perd le contrôle, elle aussi. Putain. Encore son labo. C’était ça qui nous avait détruits, carrément. Depuis des années. L’ignorer m’avait permis pendant longtemps d’en faire abstraction, à distance, mais plus aujourd’hui. Et elle me parle de loups, de vampires. Ca rend ces choses-là beaucoup trop concrètes pour moi, je perds pied. Et je sais ce que Cass » a subi, et subit encore. Peut être que ma femme y est mêlée. Après tout pourquoi pas ?


| Tu viens d’être cambriolée. Tu me parles des créatures. De loups, de vampires. Non mais tu t’entends, putain, et tu vas me dire que ce n’est pas la faute de ton putain de labo et ce que tu fais dedans ? Pourquoi t’as été cambriolée si tu cherches à soigner le rhume des foins ? |


J’essaie de respirer. D’inspirer.


| Tu nous as tous mis en danger pour ton boulot, parce que peu importe ce que cherchaient ces gens qui vous ont cambriolé ; ils vont savoir qui tu es, ce que tu as fait et où tu habites. Je vais protéger les enfants. Je vais te protéger toi, jusqu’à ce que les affaires se tassent. Mais quand ça sera fini, quand j’aurais l’assurance qu’on ne risque plus rien, je me tire. Et si les gosses veulent me suivre, je les en dissuaderais pas. |


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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Dim 4 Juin - 15:21

Je savais que le moment serait difficile et, connaissant Philippe, je me doutais qu'il ne serait ni compatissant ni prêt à accepter ce que je lui raconte. Mais je pensais pas que ce serait à ce point-là, que tout ce qui peut nous lier se fissurerait comme ça, aussi rapidement. Probablement parce qu'il ne suffisait que d'une étincelle pour que tout s'embrase, pour que tout ce que nous avons sur le cœur sorte. Enfin, surtout lui. Visiblement, il n'attendait que ça et c'est encore pire que le reste. Oh, je sais bien que j'ai mes torts, j'ai beau être hypocrite mais j'ai encore conscience de la situation. En partie tout du moins. Mais là, sa réaction dépasse tout ce que j'aurais pu imaginer.

"Mais tu n'es PAS passé à autre chose, c'est bien le problème. Tu as beau essayer de faire le croire le contraire, tout cela n'a fait que te hanter depuis que tu es revenu. Et tu t'es retranché derrière, persuadé d'avoir tourné la page alors qu'il n'en était rien. Tu aurais dû m'en parler ou au moins me dire que quelque chose clochait au lieu de faire croire au monde entier, toi y compris, que tu maitrisais parfaitement la situation."

Je suis excédée, encore plus que je l'aurais cru possible. Et là, qu'il m'annonce la bouche en cœur qu'il me trompe, par ennui ou je ne sais quelle raison stupide derrière laquelle il sera ravi de se cacher, sans sembler le moins du monde ressentir le moindre remord, me fige totalement. Je ne prête attention qu'à moitié à ce qu'il me dit avant de froncer les sourcils. Mais si tu savais, si tu avais la moindre idée de ce que j'ai pu faire ou, pire encore, avec qui. Je me rends compte pourtant que ce n'est clairement pas le moment d'en parler et que, pire encore, je n'ai pas envie de lui dire la vérité alors que je ne sais même pas si je connais vraiment l'homme qui me fait face. Alors je secoue la tête, esquissant un sourire triste avant de hausser une épaule.

"On peut parler de toutes les soirées que tu veux. Si je ne suis pas rentrée c'est que je me suis demandé si cela en valait la peine. Tu ne m'attendais pas, tu ne m'attends plus depuis longtemps. Quand je rentre, quand je te parle, j'ai le sentiment de te déranger. Le canapé de mon bureau était devenu bien plus accueillant qu'un lit où tu me tournes le dos en pensant donc à ta chère maitresse visiblement. C'est TOI qui vas voir ailleurs, j'ai déjà assez de responsabilités dans tout ce merdier, ne me rajoute pas les tiennes."

Hypocrisie, mauvaise foi, appelez-ça comme vous voulez, je m'en moque. Il n'avait pas à me dire ça comme ça, comme si ce n'était pas un problème, comme si, visiblement, il n'avait pas mauvaise conscience d'avoir rompu nos vœux de mariage au lieu de tenter de recoller les morceaux. Et voilà qu'il en rajoute une couche mais que, pour le coup, j'ai du mal à garder la tête haute. Il a raison mais, là encore, je ne peux pas flancher. Parce que si je tombe, il ne m'aidera pas à me relever. Au contraire, il serait capable de me piétiner un peu plus.

"J'étudie les maladies neurodégénératives, pour essayer de trouver quelque chose pour soigner ma mère. Les lycans ont une capacité à se régénérer qui… enfin, peu importe, s'il y a bien une personne face à qui je ne justifierais pas de mes actes, c'est bien toi. Tu as passé la moitié de ton existence à ne rien dire sous le coup du secret défense, c'est aussi mon cas. Si des responsables il doit y avoir, ce sont ceux qui ont décidé de faire tout ça. Ceux qui nous paient, ceux qui essaient de cacher tout ça depuis le début. J'ai …"

Je secoue la tête en laissant filer un soupir. La colère s'est comme envolée alors que la sienne semble s'étaler dans toute la pièce. Et je croise les bras en secouant la tête.

"Tu crois que je veux de ta protection ? Alors que le mieux que tu aies fait pour moi ce soir, alors que je t'ai tout avoué, que j'ai cru que toi, l'homme qui me connait le mieux au monde et qui sait ce que c'est de vivre avec le poids du secret, avec des responsabilités qui nous dépasse parfois à un point qu'on arrive plus à gérer, c'est de me dire que tu baises ailleurs ? Vraiment ? Mais va te faire foutre Philippe avec tes grands principes et ta morale à deux balles. Je n'ai pas besoin de toi."

Je n'ai besoin de personne de toute façon. Et je lui tourne le dos parce que je ne veux pas qu'il voit mes yeux embués de larmes. Qu'il s'en aille maintenant, je m'en moque. S'il ne le fait pas, c'est moi qui partirais. De toute façon, les enfants se sont déjà détachés de moi, j'ai déjà tout perdu et ma mère est condamnée de toute façon. Tout ce que j'ai fait n'a servi à rien, rien du tout. Alors, un peu plus ou un peu moins…

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Lun 12 Juin - 22:14

Ca y est. On y est. Le point de non-retour. Je ne pense pas que ni l’un ni l’autre ne sommes du genre à nous excuser, pas après les mots très durs que nous avions eus l’un pour l’autre. C’était dommage, mais c’était comme ça. Notre relation, notre existence commune… Tout ça avait beaucoup reculé en une seule soirée, en une seule occasion. Elle me balance tout ce qu’elle garde pour elle depuis des années, et j’en fais de même de mon côté. Feu à volonté. Un partout la balle au centre. Il y a peu de chances que ça nous permette de nous rabibocher, en tout cas pas sous cette forme. Elle me reproche maintenant d’être resté marqué par ce que j’avais vu à l’armée, mais vu comment elle réagissait, j’avais plutôt tendance à croire que j’avais bien fait du coup, de garder ce genre de chose pour moi.


| Parce que tu m’aurais cru ? Si je t’avais dit qu’un truc non identifié avait tué mes gars ? Et que si t’avais interrogé mes camarades de l’époque ou ma hiérarchie, ils t’auraient fait part de mes « hallucinations », du SPT et tout ça ? Bien sûr que non, t’es une putain de scientifique, tu t’en tiens aux faits et aux preuves, et j’avais rien de mon côté à ce moment-là, tout le monde avait réussi à me convaincre que ce que j’avais vu n’était pas réel ! |


C’était un peu le but du lavage de cerveau des « psychologues » lors de mon retour, et de mon escale à Chypre, dans un centre où passaient tous les soldats français partis en opérations extérieures. On nous faisait avaler plein de médocs, on nous faisait nous détendre, on nous traitait comme des putains de bombes à retardement. Et la voilà maintenant qui joue les victimes. Qui me ressort à la tronche quel mauvais mari je suis, et quel pauvre type de manière générale. Elle n’a pas mal au cul celle-là, avec tous ses reproches, alors que c’est un peu de sa faute que je sois allé voir ailleurs !


| Ca fait longtemps de toute manière, que tu te dis que notre mariage n’en vaut plus la peine. Tu m’aimais bien quand j’étais ce mec un peu aventureux, qui était beau et cool quand il était loin. C’était bien hein, de pas m’avoir trop souvent dans les pattes ? Depuis que je suis revenu, c’est de pire en pire. Comme si je te gênais. Comme si avoir un mari qui ne comprend rien à rien était un handicap, alors que tu côtoies des prix nobel à longueur de journée. |


Je suis peut être un peu injuste de lui balancer à la figure tout mon déficit d’acceptation de la part de son univers, qui formait depuis mon désengagement militaire. Sa famille m’avait toujours pris pour un teubé, parce que je venais d’une région pauvre, d’une famille pauvre, et surtout, drame absolu, sans culture. Son univers professionnel est du même acabit. Je me rappelais ces cocktails que je me farcissais au début. « Oh, vous êtes Français ! La patrie de Baudelaire, de St-Exupéry… » Euh, oui oui. Enfin moi je lis plutôt Tanguy et Laverdure ou les Tuniques Bleues quoi. Et là elle me parle de ses recherches. Auxquelles je ne comprends rien. Lycans ? Lycanthropes ? Mais qu’est ce que ça venait faire là ça, on parlait pas de vampires ? Sa colère retombe et ça me calme un peu, moi aussi. Je soutiens durement son regard.


| Dis-moi que tu ne m’as jamais trompé, et je jure que j’essaie, je dis bien j’essaie, de comprendre ce que tu fais et pourquoi tu ne m’en as pas parlé. Dis-le moi, les yeux dans les yeux. Et je ferais tout, alors, pour me faire pardonner, pour te protéger en même temps que les enfants. Dis-le moi. |

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Mer 14 Juin - 19:17

Je ne pensais pas que les choses pourraient aller aussi loin, aussi rapidement. Qu'il y avait tant de rancœur entre nous et qu'il ne fallait qu'une étincelle pour que tout sorte. De façon désordonnée, comme un trop plein qui ne demande qu'à se déverser. Et ça ne s'arrête pas. Ca fait mal, bien plus que je l'aurais cru, alors que nous en rajoutons dès que l'un de nous prend la parole. "Je n'en sais rien du tout ! Je suis une scientifique mais tu restes mon mari ! Evidemment que j'aurais cherché des explications rationnelles, mais j'aurais aussi essayé de comprendre, d'avoir des vraies réponses. Et je les aurais peut-être trouvées et tu aurais compris que tu n'étais pas complètement fou. Bon sang Philippe, ne me reproche pas ça non plus ! Tu as décidé de ne rien dire, alors ne me balance pas à la figure mes mensonges alors que j'ai décidé de faire de même de mon côté parce que c'était ce que j'ai considéré comme le plus sensé à faire !"

Je cille alors qu'il reprend, oubliant un instant la colère, les reproches et le fixant, la mine totalement incrédule. "Quoi ? Mais qu'est ce que tu racontes ? C'est ça que tu crois ? Vraiment ? Bien sur que j'aimais cet homme aventureux, tout comme tu aimais la jeune femme pleine de grands projets, qui croyait pouvoir changer le monde. C'est TOI qui a décrété que tu étais gênant, que tu étais un handicap. J'adorais moi quand tu venais à ces soirées barbantes et que tu me racontais des anecdotes, que je devais m'empêcher de glousser. Tu n'es pas comme eux, tu ne l'as jamais été et je m'en suis toujours moquée. Je pensais que tu le savais. Que…" Je secoue la tête, brusquement lassée par tout cela. Comment il a pu finir par croire tout ça, qu'est ce que j'ai pu dire ou pu faire pour qu'il en soit aussi persuadé ? Je secoue la tête et je laisse filer, avec un rire sans joie. "Je n'aurais jamais dû te demander de revenir, de tout arrêter…" Je me rends compte à quel point nous nous sommes leurrés tous les deux, à quel point c'était une erreur de croire que nous pourrions avoir une vraie vie ensemble. Et son regard me glace, plus que je ne l'aurais cru. Je n'ai même plus envie de lui dire la vérité, comme si c'était beaucoup trop tard. Qu'il puisse croire, même un seul instant que je peux le voir comme ça, qu'il soit une gêne, que je ne voulais pas lui parce qu'il n'était pas assez bien… il a réussi à briser ce que je pensais incassable entre nous, quoi qu'il puisse nous arriver. Alors je souffle, d'une voix lasse, après un haussement d'épaules.

"Il y a quelques semaines, je devais aller boire un verre avec Kyara. Tu l'as rencontrée au nouvel an, même si tu ne dois plus t'en souvenir. Elle passe son temps à insister sur le fait que je devrais sortir plus, pour me sentir désirable, pour ne plus avoir cet air d'épouse délaissée que visiblement j'affiche plutôt bien." Je grimace avant de reprendre, toujours sur le même ton. "Elle n'était pas là. Et je suis tombée sur un inconnu. Qui m'a charmée. Qui a passé la soirée à essayer de me séduire. Nous sommes allés au restaurant, bu un grand cru, discuté de tout et de rien. C'était agréable de sentir son regard sur moi. D'avoir l'impression d'être enfin le centre de l'attention. De lire dans ses yeux que si je disais oui, je pourrais passer la nuit avec lui sans problème. Et tu sais ce que j'ai fait ? J'ai passé mon temps à lui dire à quel point être marié pouvait être précieux. Qu'est ce que j'ai pu être conne. Tu devais probablement être en train de sauter ta pétasse toi pendant ce temps-là. J'aurais mieux fait de dire oui." Et les autres ? Je m'en fous. Je n'ai pas de comptes à lui rendre. Pas à cet homme persuadé que je le déconsidère, qui a choisi de fausses excuses pour aller voir ailleurs. J'aurais fait n'importe quoi pour lui. Et s'il ne m'avait pas dit les choses comme ça, je lui aurais probablement tout avoué. Mais là, je ne lui dirais rien. Jamais.

Je m'adosse contre le plan de travail, essuyant d'une main tremblante les larmes qui ont coulé malgré moi. "Je n'ai pas envie que tu fasses tout pour te faire pardonner. Je ne veux pas que tu veilles sur moi. Pas avec ce que tu penses de moi. De l'image que tu es persuadé que j'ai de toi sans même avoir songé une seconde  à m'en parler, à essayer de savoir si c'était vrai ou non. Occupe-toi des enfants. C'est tout ce qui importe."

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MessageSujet: Re: [Livre I] La nuit venue, on y voit plus clair...    Mer 21 Juin - 19:43

Et voilà. On y est. Le moment fatidique de la mise en demeure. Je ne sais pas ce que cela peut donner, ni même si c’est vraiment souhaitable d’en arriver là, après tout… C’est grave la merde, un peu plus un peu moins, peu de différences me direz-vous. Et pourtant si ! Vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’au coude si vous pensez que je ne pense qu’à moi-même en cet instant précis. D’accord, une bonne partie de mon esprit est actuellement occupée par des considérations très proches de ma propre personne, il n’en restait pas moins que mes enfants étaient la principale chose que j’avais en tête cette nuit. J’en avais oublié mon cauchemar récurrent, toujours aussi atroce et bouleversant, mais il avait été largement relégué au second plan par le danger pressant que je ressentais, à propos des implications de ce que Jaana m’expliquait et de ce que cela induisait pour notre vie, notre future à tous. Nous étions en danger. Et ce n’était ni loin ni abscons, c’était au contraire très clair, très prégnant ; je devais désormais me préparer à agir. Finalement, le retour de ma sœur avait été le déclencheur et voilà que j’avais désormais toute une série d’actions qui s’imposaient à moi. Je maugréais dans ma barbe.


| Et donc, quoi, un partout la balle au centre ? Parce que les mensonges se valent tous ? |


Oui, je n’étais pas énormément disposé à trouver un terrain d’entente. Jaana ne me répondait pas. C’était aussi triste que lourd de sens. Je lui tendais la main pour sauver notre couple si elle m’avouait la vérité. Mais même là, même au pied du mur, elle en semblait rigoureusement incapable. Pauvre de nous, nous méritions réellement ce qui était en train de nous arriver. Et là, la constatation, glaçante. Je grince des dents, parce que l’entendre le dire est autant libérateur que terrifiant ; je me sens libéré par le poids de la révélation et de ses implications. Je lui jette un regard terrible d’une complicité meurtrie, trop longtemps étouffée sous le poids du devoir familial.


| Oui, tu n’aurais pas dû. |


Aveu terrible, qui détruit tout. Je ne l’écoute plus qu’à moitié quand elle parle de sa collègue, cette espèce d’allumeuse qui m’avait déjà fait plusieurs fois de l’œil. Sortir plus pour se sentir désirable ? Donc, moi, je suis le connard à la maison qui la muselle et l’enferme ? Belle bande de salopes. Et devinez qui endosse encore le rôle de méchant, alors que je n’étais plus depuis des années que le pot de fleurs dans lequel les chiens du voisinage viennent pisser ? J’en ai l’intime conviction, je connais Jaana. Elle n’a répondu ni oui, ni non, mais elle met en avant une anecdote. Comme à un discours de début d’année de son centre de recherches. On fait table rase des pires échecs et on atténue les réussites individuelles pour souder le collectif. Je ne pouvais jurer qu’elle m’avait trompé, mais j’avais déjà l’intime conviction qu’elle me mentait. Sinon, elle se serait défendue en m’envoyant paître avec violence, ne supportant pas l’insinuation… Le fait de rediriger le tir contre moi en disait long : elle se justifiait. Calculatrice, comme toujours, elle plaçait déjà les billes qui lui permettraient d’obtenir ce qu’elle voudrait en cas de séparation pure et simple. Le reste de son constat est sans appel. Je lui jette un regard noir, assassin. J’ai une brutale et terrifiante envie de me jeter sur elle, de l’étrangler, de l’embrasser, de l’implorer, de l’étrangler plus fort encore. Comment puisy-je encore penser à l’implorer ? Je me déteste, la dévisage encore une seconde.


| Je prends un congé la semaine prochaine. La journée, je rejoins ma sœur en ville dans son nouvel appartement et la nuit, je veillerais sur vous comme je sais le faire. Si quelque chose, quoi que ce soit, modifie ou influence la sécurité de nos enfants, tu m’appelles dans la minute. Autrement, ne reviens me voir que lorsque tu seras prête à répondre à ma question. |


Je me détourne, vais jusqu’à la buanderie où je récupère quelques affaires que je jette en vrac dans mon sac de travail.

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"Omnia si perdas, famam servare memento.
Même si tout est perdu, sache qu'il reste l'honneur à sauver"

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