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[Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.

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Les idéaux sont pacifiques, l'Histoire est violente
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Les idéaux sont pacifiques, l'Histoire est violente
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MessageSujet: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Ven 20 Jan - 22:28

Rentrer n’a pas été difficile. La lignée est une organisation de moyens. A peine arrivé sur le sol britannique, que j’avais déjà des papiers en règle, un pied à terre, de quoi me vêtir, de quoi me nourrir… La pauvrette de l’East End n’a pas tenu le choc bien longtemps. Mœurs débridées par huit mois de suite de traques sauvages du côté de Vancouver. La Meute locale n’avait pas été sans poser problème. Même en corrompant le commandant d’un fortin local et en faisant croire à des attaques de natifs, je n’avais réussi à éliminer la menace lupine qu’après des semaines de traque, d’embuscade et de carnages. Les Tuniques Rouges du commandant Brighton avaient subi 80% de pertes, et les survivants avaient été saignés par mes suivants, des représentants de la lignée Picton, récemment installée en Nouvelle-Ecosse. Les loups-garous me dégoûtaient plus que jamais. Se nourrir des humains était une chose. Se libérer sur eux comme ceux-là l’avaient fait… Ca ne répondait à aucun schéma social, aucune nécessité biologique. Des femmes du village de Nahutec avaient été violées par ces monstres déjà transformés, des hommes dévorés mais seulement en partie, humiliés dans leurs derniers instants, tués dans des postures grotesques. L’Alpha, leur chef de Meute, l’Ulfric, était une véritable raclure. Il avait fallu beaucoup de munitions pour en venir à bout. J’avais vécu pendant tout le temps de cette campagne en dormant dans une grande boîte de fer, que je fermais de l’intérieur et qui était trimballée dans un chariot de la compagnie. Exiguité et proximité. J’avais dû me nourrir comme je le pouvais aussi. La troupe avait pué la gale et la crasse dès le troisième jour.


Me retrouver ici, à Londres, était un véritablement bouleversement. Cela faisait des années que je n’avais connu comme autre civilisation que le tumulte du Nouveau Monde. Qui semblait déjà ancien aux humains, parce qu’ils y étaient établis depuis plusieurs générations. Mais pour nous, immortels ? Il resterait un endroit nouveau, encore peu colonisé par nos semblables. C’était dans ce but que je m’y étais rendu, et cela n’avait pas été sans causer quelques problèmes logistiques. Mon retour avait été du même acabit ; complexe. Mais j’avais besoin d’une pause. Les nécessités politiques de la lignée Mybklebust n’étaient pas sans nécessité une grande mobilité de ses membres. Et en plus de ça, je pourrais lui faire la surprise…


Une fois baigné, lavé et rasé de près, je contemplais mon reflet. Peau pâle, traits tirés. Ma moustache était bien taillée. Mes cheveux avaient eu le temps de repousser un peu, je les coiffais après avoir passé mes mains dans l’eau pour les humidifier. Je souris en déballant le paquet sur le lit. Mon vieil uniforme. Je représenterais ce soir le commandant honoraire de la Garde de l’ambassade de Saxe. Un uniforme classieux, qui était presque identique à celui que je portais presque un demi siècle plus tôt, chargeant sous la mitraille. Pantalon blanc, serré. Bottes de cavalerie noire. Epée de cavalerie au côté, plus longue qu’un simple sabre d’apparat. Pas de casque à chenille ; on ne le portait qu’à la guerre. Tunique jaune, à galons dorés. Une longue bretelle blanche passait d’une épaule à la diagonale de mon torse pour maintenir mon ceinturon et mon fourreau au côté. Je ne m’étais pas senti si propre depuis des années.


Il me fallut un moment pour arriver au palais. Je présentais mes papiers et mon invitation aux Coldstream. Ces anglais à bonnet d’ours étaient tâtillons. On me fit parler, pour vérifier que je parle bien allemand. Autour de moi, quantité d’officiers militaires et diplomatiques français, belges, espagnols, russes, autrichiens. Toutes les vieilles monarchies, les empires, étaient présents. Je passais au milieu des uniformes bleus, blancs, verts… Myriade de couleurs. Les souverains des deux principaux empires de l’Ouest n’étaient pas encore arrivés.


Le cocktail était pourtant ouvert, et des loufiats passaient dans les rangs des invités, dames et comtesses, généraux et diplomates, pour distribuer flûtes et bouchées. Je ne prenais rien. J’attirais quelque attention, et allais saluer formellement l’ambassadeur de celui qui était le réprésentant de ce qui fut jadis ma patrie. Le duc d’Erfurt m’appela par mon nom et mon titre ; probablement un complice de la lignée. Je souris, poliment, en m’inclinant à l’allemande, talons serrés. Mais je sentis sa présence avant de la voir.


Elle était au bout de la salle, au bras d’un officier français. Général de divison, je le reconnaissais aux épaulettes. Les uniformes n’avaient pas guère changé, du premier au second empire. Et elle, radieuse. Magnifique. Elle attirait tous les regards, toutes les jalousies. Je souris. Je restais à distance, sirotant vaguement la flûte de champagne que l’on m’avait apportée. Je ne m’avançais que lorsque je pressentis qu’elle eut senti ma présence à son tour. Je me présentais à deux pas derrière elle.



| Duchesse de Beauregard. Cela faisait bien longtemps. | lançais-je, avec mon accent allemand à couper au couteau.


Je m’inclinais à mon tour, revers de la main gauche posée contre le plexus, main droite passée dans mon dos. Heureux d’être là, au comble de la revoir. Cela faisait si longtemps, en effet.

_________________

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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Sam 21 Jan - 13:02






« Londres, 1855. Fêtes d'Empires. »
Feat: Johannes Von Reiner


Ce matin-là, sans la moindre raison apparente, Morgane ne trouvait pas le sommeil. Elle gisait immobile sur le dos, les yeux fixés sur le plafond. Une fissure dans le plâtre ressemblant tour à tour à un nuage et à un rasoir selon l'inclinaison de la flamme de la bougie. Elle se revoyait allongée à côté de Johannes et elle sentait encore la caresse de ses mains. Elle savait avec une certitude douloureuse que si les choses avaient suivi leur cours, elle aurait fait tout ce qu'il voulait. Cette seule idée la rendait fiévreuse ; Elle remua dans son lit en faisant tomber l'un de ses oreillers. Si elle avait détruit la complicité qui l'unissait à lui en permettant cet éloignement, elle ne se le pardonnerait jamais. Elle enfouit sa tête dans l'oreiller et se figea en entendant des coups discrets à la porte. Encore hantée de ses souvenir, qu’elle ne voulait pourtant pas, elle sentit ses mains tremblantes sur le bord du drap. Bondissant hors de son lit, le regard éteint elle pris tout son temps pour parcourir la distance vers la porte et l’entre-ouvrir, méfiante de croiser le moindre rayon du jour. Il n’en fut rien, les rideaux lourds recouvraient chaque fenêtre, Vergina sa servante et repas régulier se tenait sur le seuil, vêtue de sa robe noire de domestique, sa coiffe blanche de travers et quelques mèches brunes s'échappaient de son chignon, la jeune femme attendait l’accord de sa maîtresse pour faire le moindre mouvement. Son visage était livide et il y avait une tache de sang sur son col. Elle semblait sur le point de se trouver mal.

« Vergina ? Vous allez bien ?» demanda Morgane d'un ton surpris.

La jeune humaine jeta un regard effrayé autour d'elle.

« Puis-je entrer, Duchesse ? »

La Vampire hocha la tête et s'effaça pour la laisser passer. Une fois qu'elle eut refermé la porte, elle poussa le verrou et s'assit sur le bord de son lit, la poitrine serrée par la faim et la soudaine odeur de sang qu’apportait l’humaine en ce lieu. Restée debout, Vergina se tordait les mains.

« Oh misère, je vous en prie, qu'y a-t-il ? »

« C'est Lady Astrid, s'écria Vergina. »

« Eh bien, qu'a-t-elle fait ? »

« Elle... C'est-à-dire que... Je l'ai vue... (Elle s'interrompit, l'air désemparé.) Elle sort en cachette la nuit, mademoiselle… madame… Duchesse »

« Vraiment ? »

« Oui, je l'ai aperçue hier soir dans le couloir. Elle était habillée en garçon et cherchait visiblement à passer inaperçue... »

Vergina parut soulagée. Elle n'aimait pas Astrid, Morgane le savait très bien, mais ayant reçu une excellente formation de domestique, elle n'aimait pas jaser sur la jeune épouse de son maître.

« Oui, je sais Vergina. » Répondit Morgane d’une voix faussement calme. « Cela fait plusieurs jours que j'ai remarqué son manège. »

« Parfois, elle ne défait même pas son lit et je trouve au soir de la boue sur les tapis. J'ai songé à en informer Lord Canning, mais il a déjà tant de soucis que je n'ai pas osé. »

Lord Canning était le pauvre noble asservi au désir de la lignée, il y gagnait certes en deniers et avec un bon mariage à une jeune fille qu’il n’aurait jamais pu épouser sans l’appui puissant de la maison Allemande, et si au lieu d’honorer sa nouvelle épouse le lord préférait pour le moment passer quelques nuit agréablement agrémentées dans des bordel du bord de la tamise, il semblait cependant bien épris de sa nouvelle dame de trente ans sa cadette, la courtisant doucement, il faisait encore face au refus de sa couche et c’est donc un peu amère qu’il trouvait refuge dans les bras de filles de joie ou autour d’une table de bridge dans les clubs masculins de Londres.

« Pourquoi m'en parler à moi ? » Demanda Morgane. Il semble qu'Astird se soit trouvé un amant. Je ne peux pas dire que j'approuve son attitude, mais... (Elle avala Péniblement sa salive au souvenir de son réveil.) Ce n'est pas ma responsabilité ni la vôtre. Peut-être d'ailleurs qu'elle a une raison tout à fait honnête de... »

« Oh, mademoiselle. » Vergina glissa la main dans la poche de sa robe et en sortit un carton d'invitation de couleur crème. « J'ai trouvé cela aujourd'hui. Dans la poche de sa nouvelle veste en velours. Vous savez, celle avec les rayures écrues. » Morgane ne l'écoutait plus. Elle avait les yeux fixés sur le carton. Lentement, elle le prit des mains de Vergnia et l'examina. C'était une invitation à un bal, que Morgane n’espérait plus.

20 Avril 1855
Mr Henry John Temple, 3e vicomte Palmerston
Adresse ses hommages à La Duchesse de BEAUREGARD et la convie au bal masqué qui aura lieu le mardi 20 Avril. RSVP.


Venaient ensuite l'adresse et les détails concernant l'heure d'arrivée, mais ce fut le message, écrit au dos de l'invitation, qui attira l'attention de Morgane. Les mots étaient tracés d'une écriture désinvolte, aussi familière que la sienne : « Ma Morgane. Mon cœur bat plus vite à l'idée de vous voir demain soir à l'occasion de cette "grande" fête. Je ne sais si elle sera grande, mais je n'aurai d'yeux que pour vous. Mettez votre robe blanche, ma chérie, vous savez que je l'aime beaucoup. "Dans ta brillante traîne de satin, dans l'éclat de tes perles", comme dit le poète. Vôtre, éternellement, A.G. »

« Alban... », Dit Morgane d'une voix hébétée, les yeux fixés sur la lettre. « C'est Alban qui a écrit ces mots. Et qui cite Tennyson ».

« C'est ce que je craignais tout en me répétant que c'était impossible », Murmura Vergina. Pas après tout ce qu'il a fait.

« Je connais l'écriture de cette vermine. Il projette de la retrouver ce soir à ce... ce bal qu’elle voulait me tenir secret. Vergina, où est Astrid ? Il faut que je lui parle sur-le-champ ! » La Servante se tordit les mains de plus belle.

« C'est bien le problème, mademoiselle... »

« Oh non, me dite pas qu’elle n’est pas rentrée ? »  

« Elle est toujours dans sa chambre ».

« Alors elle ignore que vous avez trouvé ceci ? » Demanda Morgane en agitant le carton d'invitation. La jeune fille avait visiblement du mal à parler.

« Je... Elle m'a prise sur le fait, mademoiselle. J'ai essayé de cacher l'invitation, mais elle l'avait déjà vue. Elle avait un air si menaçant quand elle s'est avancée vers moi que je n'ai pas réfléchi. Toutes les leçons que j'ai prises avec monsieur Johannes petite me sont revenues en mémoire et... »

« Et quoi, Vergina ? »

« Je l'ai frappée à la tête avec un miroir, répondit Vergina, l'air désemparé. Vous savez, un de ces miroirs en argent. Il était très lourd. Elle est tombée comme une pierre, mademoiselle. Alors je... je l'ai attachée au lit et je suis venue vous chercher. »

« Ai-je bien compris ? » Demanda Morgane après un silence. « Astrid vous a trouvée avec mon invitation à la main et vous l'avez frappée avec un miroir avant de l'attacher au lit ? » Vergina hocha la tête. « Mais qu’est-ce que je vais faire de vous ! », Se levant de son lit elle détailla la jeune fille.

« Ne prévenez pas Lord Canning », Gémit Vergina. Il me mettrait dehors. « Il n'aurait pas d'autre choix. » La servante porta la main au col ensanglanté de sa robe. Morgane tressaillit en comprenant qu'il s'agissait du sang de la maîtresse des lieux. « Je ne supporte pas l'idée qu'il l'apprenne. Il est si gentil... Je vous en prie, ne m'obligez pas à le lui avouer, mademoiselle ».

« Bien sûr », Songea Morgane. « Dans ce cas, jeune fille, il ne reste qu'une seule personne, vous en avez conscience ? »

« Monsieur Will, » Répondit le pauvrette d'un ton dédaigneux. (Elle soupira.) « Très bien, mademoiselle. Je me moque de ce qu'il pense de moi, je vais aller le trouver… » Morgane se leva et s'enveloppa dans sa robe de chambre.

« Regardez le bon côté des choses. Au moins, Will ne sera pas choqué. Je doute que Vergina soit la première femme inconsciente dont il doive s'occuper, et ce ne sera sans doute pas la dernière. » Morgane se trompait au moins sur un point : Will fut choqué.

« C'est Vergnia qui a fait cela ? Demanda-t-il pour la énième fois. » Ils se trouvaient au chevet de la lady, qui semblait dormir telle la célèbre Belle au Bois Dormant de cire sculptée à l'image de Mme du Barry. Ses cheveux blonds gisaient épars sur l'oreiller et une grosse estafilade zébrait son front. Ses poignets étaient attachés aux colonnes du lit. « Notre Vergina ? » Ajouta-t-il.

Morgane lança un regard à jeune fille qui s'était assise sur une chaise près de la porte. La tête baissée, elle contemplait ses mains en évitant scrupuleusement le regard de Will ou de Morgane.

« Oui, » Répondit celle-ci, « cessez de le répéter. »

« Je crois que je suis en train de tomber amoureux de vous, Vergina, » Dit Will. « Un mariage est à envisager. »

La pauvre servante poussa un gémissement.

« Assez, siffla Morgane. Je crois que cette pauvre fille est suffisamment effrayée, William ! ».

« De qui a-t-elle peur ? De Lady Canning ? Il me semble qu'elle a pris facilement le dessus. (Will réprima à grand-peine un sourire.) Vergina, ma chère, il n'y a pas de quoi vous inquiéter. Moi-même, j'ai souvent eu envie de frapper ma maîtresse à la tête. Personne ne peut vous en vouloir. » Levant les yeux au plafond, Morgane se détourna.

« Arrangez cela, je la veux sur pieds pour ce soir et surtout qu’elle ne se rappelle plus tout ceci, je serai curieuse de voir où veulent en venir ces deux vipères. Will, tu la suivras, sur ce, debout on a une longue journée pour me préparer et faire de moi une digne lady aux bras du Premier ministre ! »

La nuit était fraîche Morgane inhala l’air ouaté de Londres, en sortant sur le perron. Will attendait devant la voiture stationnée au pied de l'escalier. Il leva les yeux au moment où Vergina fermait la porte du manoir derrière elle. Pendant quelques secondes, ils se dévisagèrent, immobiles. Morgane savait ce qu'il voyait, elle l'avait vu elle-même dans le miroir de sa chambre, vêtue d'une exquise robe en soie rose et ivoire. Un décolleté plongeant dévoilait en grande partie la poitrine blanche de la vampire et un ruban de soie noué autour de son cou en soulignait la finesse. Sa robe dotée d'une longue traîne était resserrée à la taille ; ses cheveux relevés étaient retenus par des épingles ornées de perles, et le loup doré qui masquait la moitié de son visage faisait ressortir l’ébène de ses cheveux. « Une vraie princesse de Conte de fées », avait-elle songé avec détachement en s'admirant dans le miroir tandis que Vergina s'affairait autour d'elle.Quant à Will... Sa remarque sur ses atouts lui avait fait lever les yeux au ciel, mais elle devait admettre que dans son habit de soirée noir et blanc, il était plus séduisant que jamais. Les couleurs simples et tranchées de son costume mettaient en valeur ses traits anguleux. Ses boucles brunes retombaient sur un loup en velours noir qui magnifiait le bleu de ses yeux. Sentant sa poitrine se serrer à l’idée que ça aurais peut-être Johannes, elle détourna la tête et son regard.

« Ah, fit simplement celui-ci en la voyant descendre les marches.  « Je comprends maintenant pourquoi il a cité ce poème exécrable. Vous êtes censée incarner Maude, n'est-ce pas ? « O ma rose reine du parterre fleuri des jeunes filles ?»

« Vous savez, » Dit Morgane tandis qu'il l'aidait à monter en voiture, « Vous feriez mieux vous taire, vous êtes mon majordome ce soir. » Il monta derrière elle et claqua la portière.

« Astrid l'adore, elle ».

La voiture se mit en branle en bringuebalant sur les pavés et franchit les grilles du manoir. Elle écarta le rideau de velours de sa main gantée. Dehors, elle regarda défiler les réverbères dans un brouillard jaune, deux enfants dormaient, blottis l'un contre l'autre sous un porche. La voiture franchit l'arche de Temple Bar.

« Est-elle partie ? » Morgane fit la grimace.
« Ou et dans sa plus jolie, robe, si tant est qu’on puisse la trouver belle… »
« Qui la garde à l’œil ? »
« Simon, le petit cocher, il viendra me prévenir à leurs arrivés au bal. »
« Parfait. » Souffla Morgane sans détacher son regard du dehors. Après un moment Morgane secoua la tête. « Tout Ceci m'inquiète un peu. Je crains qu’Alban ne s'attende à ce que j'aie découvert quelque chose ».

Will se pencha vers elle. Les jours de pluie, c'est-à-dire presque tous les jours, sa chevelure brune bouclait. Il y avait quelque chose de vulnérable dans ces boucles plaquées sur ses tempes par la pluie.

« Vous êtes bonne actrice et vous connaissez bien votre ennemi » Dit-il. J'ai entière confiance en vous. Elle le considéra avec surprise.

« Vraiment ? »
« Et si la situation devait mal tourner, poursuivit-il sans répondre à sa question, je serai là. Même si vous ne me voyez pas, Morgane, je serai là. Gardez cela à l'esprit ».
« Vous ne doutez de rien William, vous me rappelleriez presque un autre que vous. Cependant, je n’ai aucune crainte pour ma survie, ce qui m’ennuie, c’est qu’il met en échec les plans durement mis en place ou se doute qu’on a un coup d’avance ce soir sur sa vilenie. » Il plissa les yeux.


« Et maintenant que j'ai juré d'enterrer toute cette haine morte, je me sens si libre et si allégé par la disparition de ce morne fardeau, que j'aurai peur de devenir étourdi et fou de joie de la façon la plus fantastique. Lord Alfred Tennyson, « Maude » »

Le cocher venait de faire halte devant la grille de la propriété du Premier ministre, William se glissa hors de la voiture plaçant des gants blancs. Le carrosse assez neutre fut rejoint par un second plus saillant et de sa main blanche William aida Morgane à rejoindre l’attelage du ministre, tout était à présent calme, maison de campagne des Lord Palmerston à Chiswick, quartier situé à la limite de Londres, il fallut un moment pour rejoindre la palais ou royal où se tenait le bal, le vieux ministre échangea quelques belles paroles avec la jeune femme à ses côtés loin, bien loin de se douter à qui il avait réellement à faire. Pour lui elle n’était qu’un objet de convoitise, une luxure qu’il parait à son bras et avec un peu de chance raccompagnerait jusqu’à chez lui. Veuf depuis quelques années, le prestigieux homme avait eu le plaisir de rencontrer la Duchesse quelques semaines avant que la chambre ne vote son mandat. Il espérait sûrement d’elle  une union et un héritier qui ne viendrait clairement jamais.  A leur arrivée, Morgane, telle une jeune femme émerveillée, glissa sa main sur le rideau finement brodé pour admirer le bâtiment massif de style palladien, doté de hautes colonnes et de plusieurs escaliers. La lune donnait à la façade blanche des reflets nacrés comme l'intérieur d'une huître. La pierre semblait briller comme de l'argent, tandis que la grille qui ceignait la propriété avait le lustre d'une flaque de pétrole. Les lumières de l’aile tamisée laissaient paraître un calme tout relatif, les chevaux se tapèrent un bref instant et reprirent la route dans les allées, peu à peu un silence de mort se souleva sur le vaste terrain qui s'étendait jusqu'à un méandre de la Tamise qui semblait désert.

Après que le ministre fut descendu de voiture, Will l'aida à descendre à son tour, la tête tournée vers la maison, le visage fermé.

« Vous sentez cette odeur ? L'air empeste la magie démoniaque ». Soufflât-il a l’oreille de Morgane loin du regard du Ministre occupé à masquer ses traits ridés par l’âge.

L’homme se détournant finalement flanqué d’un loup blanc et tendis son bras à Morgane qui vit du coin de l’œil William disparaître. Après lui avoir rendu son invitation, la sentinelle qui les avait conduit leurs fît signe de la suivre ; Morgane lui emboîta le pas en se forçant à ne pas se retourner pour vérifier si Will les suivait, s’affairant à sa mission.

Le garde s'engagea dans une allée étroite qui contournait l’aile. Le jardin, qui couvrait un vaste périmètre, avait des reflets argentés au clair de lune. Un bassin circulaire flanqué d'un banc en marbre blanc avait été creusé en son milieu et des haies basses soigneusement entretenues bordaient les allées balayées. Celle qu'avait emprunté le trio menait à une grande porte sur laquelle était gravé un V entre-lassé d’un A et soudainement, son regard s’éveilla, comment n’avait-elle pas fait le lien avec les réminiscences de Johannes et la venue de la délégation de Saxe, pays d’origine de ce dernier…

Passant les couloirs et la grande porte, elle se retrouva aux côtés du ministre et une rangée de tables où hommes et femmes se massaient. Elle se plaça aux côtés d’une femme qui déposait ses affaires auprès de la servante, attitrée au vestiaire pour les dames, attendant le moment où elle pourrait laisser son châle, de leurs côtés les hommes entreposaient les cannes, les chapeaux et les pardessus. La femme lui tendit alors un carnet de bal où il y avait accroché un simple crayon orné d’une couronne dorée dans lequel elle devrait inscrire les noms des hommes qui l'inviteraient à danser. Il était inconvenant d'accorder plus de deux danses d'affilée au même gentleman, se rappelait-elle soulagée quelques peu de n’avoir à parader toute la soirée sur la piste avec le ministre. Un peu plus loin, Il y avait une grande salle magnifiquement décorée et une autre plus petite, pour les collations, où l'on servait des boissons glacées, des collations, des biscuits et du baba au rhum...

Aux bras du ministre qui s’arrêtait pour saluer tour à tour plusieurs convive, elle se félicita d’avoir un loup assez vaste pour lui couvrir le visage, suffisamment et n’avoir à sourire a tout va. Elle se tamisa doucement et la musique qui les assaillaient à leurs passages sur le seuil d'une pièce plus vaste mis fin à la débâcle des salutations. L’air était plus chaud, parfumé, après quelques pas, elle ressentie la sensation étrange de la présence de Johannes, mais elle la repoussa, plaçant ce frisson sur le fait de ses émois du jour. Sauf qu’un pas de plus lui certifia cette fois que le ressenti était cette fois plus fort que celui qu'elle avait depuis le matin. Détaillant rapidement la pièce alors que le ministre entamait une conversation avec un couple, elle s’attarda enfin sur les traits des invités et l’aspect de la pièce. Un énorme lustre en cristal pendait du plafond, après examen, Morgane s'aperçut qu'il avait la forme d'une araignée dont chacune des huit pattes soutenait des dizaines de bougies. Les murs étaient d'un bleu très sombre et de vastes baies vitrées donnaient sur le fleuve et la Londres Victorienne en pleine mutation ; Elles étaient pour la plupart ouvertes afin de laisser entrer un peu d'air, car, en dépit du froid qui régnait au-dehors, il faisait une chaleur étouffante dans la salle. Les murs étaient en grande partie dissimulés par de grandes tentures en tissu chatoyant agitées par la brise. Elles étaient brodées au fil d'or de ces mêmes symboles royaux qui avaient attiré le regard de Morgane un peu plus tôt.

La salle était bondée. La majorité des personnes présentes avaient une apparence tirée à quatre épingle, une apparence des plus humaines, quand enfin Morgane aperçut aussi les visages livides de quelques vampires, ainsi que celui tant espéré, tous vêtus à la dernière mode ou en apparat militaire. Cependant elle n’eut pas loisir de le détailler plus, le ministre lui tendit un verre et demanda son attention pour la présenter à une femme. Une révérence plus tard. Elle s’excusa à l’oreille de l’homme qui aurait facilement joué le rôle de son père et se tourna pour se retrouver finalement face à un bain de foule où la plupart des invités portaient des masques : loups tarabiscotés en velours noir et or, masques de médecin de peste en forme de bec complétés de minuscules lunettes, déguisements rouges et cornus de diable. Quelques invités n'étaient pas masqués, notamment un groupe de femmes aux longs cheveux détachés comme les nymphes des tableaux, dont la robe de couleur lavande, verte ou violette perçait dans le décor, passant entre les invités armés de panier fleurs et de carnets. Se jouant de la mode Française les anglais les avaient ainsi parées de robes scandaleuses, d’un velouté léger de tulle ou satin qui n'étaient pas corsetées. Parmi ces silhouettes domestiques évoluaient aussi des êtres de toutes tailles et de toutes formes. Un « homme » en queue de pie, bien trop grand et bien trop maigre pour être considéré comme tel, se penchait pour parler à une jeune femme en cape verte, dont les cheveux parés de plume rouges brillaient comme un sou en cuivre, prolongeant son masque. C'est alors qu'elle les aperçut. Son cerveau avait dans un premier temps éludé leur présence, transporté par le retour de Johannes, qui dans un même temps se fit ressentir derrière elle. Inspirant profondément pour ne pas montrer d’inclinaison à sa présence, elle se tourna face à lui et dans la plus gracieuse révérence releva le regard vers lui, elle n’eut pas le temps de piper mot que le ministre attentif déjà se présentait au Lord en apparat militaire, un regard interrogatif pour sa cavalière du moment.

« Duchesse de Beauregard. Cela faisait bien longtemps. »

Se mordant la lèvre en réalisant qu’elle n’avait pas son identité présente, ou le fait de sa présence. Elle marqua un silence, soulignant son étonnement bien malgré elle.

« Lord Palmerston… La chaleur et les bulles semblent me jouer quelques tours, puis-je vous présenter un ami cher qui me fait la douce surprise de son retour du nouveau monde. » Silencieux le ministre lui lança un regard et finalement se détourna pour faire face à Johaness.

« Les amis de mes amis, sont mes amis. » Fit l’homme en faisant signe à une des nymphes de servir une coupe de champagne au Lord face à lui. Rapidement celle-ci virevolta vers le gentleman, le détaillant ravie de la vue sans masque du beau militaire Saxon.



@J


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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Sam 21 Jan - 15:38

Elle n’a pas changé. Le contraire eut été étonnant, bien sûr, mais je savais d’expérience que les vampires qui voulaient se cacher ou changer d’identité étaient parfois amenés à changer d’apparence du tout au tout. Moi-même… Qui aurait pu croire dans cette tenue éclatante, qui attirait l’œil et qui rappelait les plus luxueux uniformes d’Europe, cachait un homme qui six semaines plus tôt portait revolver pistolet à la ceinture, montait une vieille jument efflanquée bardée de tout un attirail d’expédition, du mousquet à la toile de tente, en passant par la viande séchée. La tenue elle-même n’avait rien d’affriolant ; chapeau typique du coin, aux bords larges, foulard rouge, chemise sous une veste assez longue, et sur-pantalon de cuir, pour m’épargner les frottements et désagréments d’une longue chevauchée, parfois des jours de suite. Crasseux, parce que je ne trouvais pas toujours suffisamment d’eau pour ma toilette en plus de tout ce que je buvais, cuisinais et donnais à mon cheval. Bref. Elle n’avait pas changé. Toujours aussi belle à en tomber. Assez grande pour une femme, son port était royal, sûre d’elle, et sa robe, blanche et bois de rose, mettait sa poitrine en avant tout autant que son cou, chastement caché derrière un rien de tissu. Ce cou que l’on avait envie d’embrasser, de caresser… De mordre… Et le reste de sa tenue était du même acabit, mettait ses atours en avant tout en ne révélant rien qui soit contraire à la morale et aux bonnes mœurs. En somme, parfaite. Instantanément quand nos regards se croisaient, je ressentais la fièvre qu’elle m’avait toujours inspirée, même lorsque j’étais encore humain. Le besoin de presser mon corps contre le sien. De la posséder, de me donner. Je souris en coin. La soirée promettait d’être intéressante, car elle était surprise de me voir ; elle n’avait donc pas été mise au courant de ma venue.


L’homme à ses côtés est sans nul doute l’objet de sa venue ici, et le pourquoi de toute cette séduction concentrée dans sa tenue, son maquillage, les promesses silencieuses qu’ils faisaient à cet homme. Elle est prise à contrepied et cela m’amuse ; je suis le grain de sable qui vient gripper toute la machine de son complot du soir. La tenue de l’homme en dit long sur ses fonctions et la richesse tant politique que pécuniaire dont il jouit ; il est assurément quelque lord haut placé à la chambre de son ordre, ou bien positionné dans quelque ministère. Morgane se tourne vers lui pour me le présenter ; Lord Palmerston. D’après les journaux lus en mer, pendant la traversée de l’Atlantique, l’homme était promu à un poste de Premier Ministre. Il l’était donc déjà, ou le serait sous peu. La Lignée voulait donc se rapprocher du pouvoir britannique victorien ? C’était logique. Les anglais étaient partout, et célébraient aujourd’hui l’amitié retrouvée avec l’Empire Français. Drôle d’époque. A la mienne, les anglais liguaient l’Europe contre le Premier Empire, pour lequel je m’étais battu et m’étais fait tuer. L’homme hoche la tête. L’imaginer au lit avec Morgane me dégoûte ; l’homme est vieux, et je sais de quels exploits la belle est capable. On dit chez les Myklebust, pourtant portés sur la chose militaire, que cette femme a conquis plus à l’ennemi de la Lignée avec ses cuisses qu’avec ses mains. Et ce n’est pas peu dire en plus d’être mensonger ; d’une part elle est déjà particulièrement douée dans l’art du meurtre, mais en sus de cela ses mains ne sont pas non plus étrangères à la conquête du cœur des hommes.


L’homme m’accueille poliment, et hèle une femme, une humaine, qui porte son content de champagne. Je me saisis d’une flûte en remerciant la jeune nymphe d’un regard volontairement appuyé, et m’incline au garde-à-vous, comme jadis à la cour de l’Electeur de Saxe.



| Lord Palmerston, c’est un plaisir. Comte Von Reiner, colonel dans le Régiment des Gardes, détaché à l’ambassade de Saxe. Je suis honoré de vous rencontrer, votre excellence. |


Je me retourne vers Morgane, lui saisit la main et y dépose un baiser sur le revers.


| Vous avez beaucoup de chance, votre excellence. Votre cavalière vous attirera bien des jalousies, ce soir. Je crains quant à moi avoir perdu la mienne, je devrais peut être aller la retrouver avant que l’on me taxe d’inconséquence. Pourrais-je vous voler votre cavalière pour une danse, mylord ? La duchesse et moi sommes de vieux amis de la cour impériale de France et cela fait bien des années que nous ne nous sommes plus vus. |

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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Sam 21 Jan - 22:35






« Londres, 1855. Fêtes d'Empires. »
Feat: Johannes Von Reiner


Quelques échanges de courtoisie se mirent en place sous le regard curieux d’autres, bien trop lointains pour les entendre et sûrement que quelques créatures comme elle qui n’en manquaient rien. La pièce saturée de parfum pour couvrir les odeurs corporelles ne laissait que peu d'espoirs à la lady de faire usage de certains de ses sens pour repérer d’autres semblables, non liés à elle. Mais sur l’instant elle ne s’en préoccupe pas, non, les lèvres de Johannes viennent caresser sa main et ses doigts doucement caressèrent la paume de la main qui les emprisonna, alors que tout son être frissonna de désir pour ce corps trop longtemps absent du plaisir suave de ses sens. Elle dû mettre à l’épreuve toute sa détermination pour ne rien laisser transparaître à regarder du ministre qui n’en loupait clairement pas une miette.

C'est alors qu'elle repéra Will. Il était adossé à un mur entre deux chaises vides juste en face d'elle. Elle s'attendait presque à ce qu'il s'amuse de la situation délicate dans laquelle elle se trouvait, mais il semblait tendu, voire furieux.

Johannes quant à lui demandait dans une courtoisie des plus nobles le droit d’emprunter, cavalier du ministre et contre toute attente ce dernier accepta mais à la condition de passer en premier dans l’ordre de danse. Avec tout ceci Morgane en avait oublié ce périlleux moment où elle devrait aux yeux de la noblesse se glisser dans les bras du vieux noble, fiévreux de la toucher de toute les façons intimes qu’elle lui avait toujours refusé. Elle pouvait sentir son désir croître à chacune de leurs rencontres, à chacun de ses refus timides. Elle campait le rôle d’une jeune veuve, dont l’époux n’avait pas vécu assez d’années pour faire d’elle une mère, une courtisane dans sa grandeur décadente et c’est ce côté pur (purement imaginaire) que le ministre adorait, il s’en délectait, pire dans l’intimité, il aimait à tenter quelques mains hasardeuses sur elle pour la faire languir d’un ébat dont son veuvage la privait depuis plusieurs années. Si seulement le lord avait eu la moindre idée de la réalité… songea-t-elle en tendant sa coupe à Johannes, alors que le ministre lui assurait de lui confier sa compagne du soir après cette danse car il devrait pour des raisons d’affaire se rendre dans un salon privé auprès de la reine.

« Je suis jaloux de tous les hommes qui vous regardent » Dit le ministre. « Je devrais être le seul à avoir le droit de vous admirer ». Annonça-t-il en avançant vers la piste, tenant le bras de la jeune femme.
Seigneur, songea Morgane. Ce genre de discours marchait-il vraiment avec les femmes ? Si son interlocuteur était venu lui demander son avis sur ces perles, elle l'aurait traité d'idiot sur-le-champ.  Il fallait qu'elle récolte des informations et ensuite elle pourrait s'en aller loin de lui, avant de finir par le tuer par un impulsion involontaire d’acte de survie.

Elle jeta un regard en direction de Joe, qui ne devait rien en manquer et vers l’emplacement où elle avait observé rapidement Will, mais il s'était volatilisé. Pourtant, elle sentait qu'il n'était pas loin et qu'il la surveillait toujours. Rassemblant toute sa patience, elle répondit :

« C'est vrai, mon doux ami ? Parfois j'ai peur que vous ne m'appréciez que pour l’exotisme Français en vogue dans votre noble royaume. » L'espace d'un instant, il parut pris de court et faillit la faire tomber alors qu’elle arborait une petite mine boudeuse qui lui allait à ravir et la rendait plus fragile que jamais en apparence.

« Morgane ! Comment pouvez-vous penser une chose pareille ? Vous savez que je vous adore. » (Il lui lança un regard lourd de reproches tandis qu'ils se mettaient à danser.) « Il est vrai que vos liens avec l’empire de France nous sont très précieux. Sans vous, nous n'aurions jamais su qu'ils avaient l'intention d'aller à Chislehurst, par exemple. Mais je pensais que vous aviez conscience de m'aider pour œuvrer à un avenir commun. Quand l’alliance pour laquelle nous avons tant œuvré sera solide, ma chérie, songez à la vie que je pourrai vous offrir. J’oserai dès lors combattre avec ardeur pour gagner la paix de cœur et apaiser votre âme du deuil qui vous vole à mes plus intimes espoirs… (il resserra doucement sa prise sur le dos de la jeune femme, inclinant lentement celle-ci un peu plus au sud. « Et peut-être alors accepteriez-vous… » Morgane eut un rire nerveux alors qu’il s’interrompit, inexpressif par le loup qui recouvrait un pan de son visage.

« Vous avez raison, John. C'est juste que, parfois, je prends peur. Et mon cœur a tellement souffert qu’il saigne encore bien des nuits au souvenir de celui qu’il a tant aimé et perdu pour servir avec force et honneur ma noble patrie, depuis lors, je ne vis que pour la paix et crains votre fière et grand empire… » Le ministre la faisait virevolter avec adresse.

« Oh, rien, ma tendre amie. Vous l'avez dit vous-même, tant de point unissent nos patries et nos espoirs, ne doutez plus, et pendant que j’œuvre à soigner vos espoirs, œuvrez à passer une belle soirée. » (Il jeta un regard derrière elle et leva un sourcil.) « Votre ami vous changera sûrement mieux que moi les idées, il vous rappellera sûrement l’époque tendre de vos plus doux souvenirs ? ».

Morgane se retourna et vit Benedict Palmerston, fils unique de ministre, vautré sur un canapé en velours cramoisi non loin de l'orchestre. Il avait ôté sa veste et, les yeux mi-clos, il tenait un verre de vin rouge à la main. Une femme - ou du moins c'était ce qu'il semblait à première vue – était affalée sur lui. Vêtue d'une robe noire décolletée, elle portait ses longs cheveux de jais détachés. Sous les yeux de Morgane et son père.

« C'est votre fils non ? Chuchota-t-elle, oubliant pendant une seconde la musique, souhaitant que la scène entraîne le ministre à quelques occupations. Le Lord ne sembla pas s'étonner de sa question.

« Madame, me pardonneriez-vous, d’interrompre notre danse et de vous conduire à votre ami plus tôt ? Mon fils ne supporte point le vin et si je n’interviens pas, Lady Brandon risque d’apprendre qu’elle attend réparation d’une affaire fâcheuse dont elle a le secret. »

« Je comprends, la famille passe toujours avant le devoir et l’ambition. » Faisant une brève révérence de fin de danse, le lord tendit la main à sa compagne et revint d’un pas un peu plus rapide qu’aller vers le lord saxon et tendit la main de la lady dans un geste des plus anglais.

« Puis-je vous confier notre radieuse Duchesse ? Quelques affaires m’imposent de l’éloignement durant quelques heures. » Il relâcha sa main et attrapa sa coupe et une seconde sur un plateau passant qu’il tendit à Morgane. « Madame, soyez assurée que nous ne repartirons point sans avoir eu le plaisir de vous avoir vue jouir pleinement de cette soirée par quelques nouvelles danses. » Il salua le Johannes, attendant un brin bref instant sa réponse et se détourna, les laissant seuls. Il se redressa et après avoir épousseté ses manches, il s'inclina en souriant et disparut dans la foule. Elle le regarda s'éloigner quand une femme s’approcha, audacieuse et visiblement sous le charme de Johannes.

« Comte Von Reiner, j’ai entendu que vous êtes attaché à mon noble régiment des gardes de Saxe je voulais vous présenter mes hommages et ma gratitude pour le souvenir de nos couleurs, Mon grand-père fut du nombre des captifs par les Russes en mille huit cent douze, et vous voir ici ravive mon cœur de fierté et de tendresse pour mes terres d’origine, puis-je vous demander quelques nouvelles ? » Elle détailla dédaigneuse Morgane et gloussa doucement en remontant son regard sur le jeune homme. La vampire, leva discrètement les yeux au ciel, sauvée par son loup dorée.




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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Sam 21 Jan - 23:48

La Lignée était une organisation militante ; elle se battait pour son avenir, pour ses principes et pour tout un tas de raisons qui nous dépassaient en tant qu’individus. Je savais que ma créatrice ne serait pas ici par hasard, pas plus qu’elle ne serait ici gratuitement, pour quelque oisiveté. J’étais de fait persuadé qu’elle était en mission ; le billet qui accompagnait mes affaires dans la petite chambre que l’on m’avait réservée pour mon retour était relativement mystérieux, mais éloquent sur la présence de la Lignée à Londres ; nous y avions des intérêts. Qui mieux que Morgane pour les représenter et les défendre ? Elle était femme de moyens, physiques et psychologiques. Elle avait dompté bien des cœurs et brisé bien des corps, c’était une combattante mais tout autant qu’elle était politicienne. Je ne pensais pas qu’elle puisse manquer à son devoir. Sa proximité avec Lord Palmerston était éloquente ; les Myklebust voulaient influencer le gouvernement de Sa Majesté. Je ne savais quel rôle Morgane jouait exactement ; jeune ingénue, douairière sur le retour, courtisane séductrice. Je ne savais pas non plus ce qu’elle avait promis au politicien, mais je savais qu’elle utiliserait habilement ses talents, qui, pour l’essentiel en temps de paix, se pratiquaient à l’horizontale. L’homme me confirme vouloir me « prêter » Morgane, mais pas avant d’avoir eu la première danse. Je m’incline à nouveau poliment. Je les regarde danser un moment, avant de sentir se poser sur moi un regard lourd que je connais bien. Sourire insolent aux lèvres, je m’avance vers un homme en tenue de soirée.


| Salut, petit. Content de voir que tu vas bien et que tu as bien protégé notre « mère ». J’en prendrais soin ces prochaines heures, je peux te l’assurer. Merci pour ta garde, mon « frère ». |


Il me dévisage, furieux, et ravale une réplique acerbe. Nous échangeons quelques nouvelles. De vagues et creuses politesses, alors que toutes nos pensées sont pour la brune qui est guidée sur la piste par ce vieil homme. Mais tous deux en termes différents. Pour moi, elle était ma mère spirituelle et architecte de ma renaissance, initiatrice et formatrice. Pour lui, elle n’était qu’un agréable accessoire de son immortalité, et il me jalousait pour ma proximité avec elle. Nous ne nous étions jamais très bien entendu, et je soupçonnais Morgane d’entretenir cette rivalité de manière consciente. Le ministre revient vers moi avec ma créatrice, et s’excuse auprès d’elle. Nous nous saluons et je me tourne vers elle avec un sourire satisfait et plein de défi, pétillant. Je repousse Will d’un regard condescendant. Une jeune femme vient toutefois interrompre ces secondes retrouvailles, me complimentant. Je savais que sous son masque, Morgane devait enrager de l’interruption, mais je la trouvais salvatrice ; elle nourrissait l’attente, faisait monter la frustration. Je délaissais ma créatrice mais non sans la défier implicitement de me montrer à quel point elle est ravie de mon retour.


| Madame, je vous remercie pour vos bons compliments, et vous prie d’accepter celui de votre beauté et du lustre de votre sourire. |


Elle évoque le sort d’un de mes anciens frères d’armes, et mon visage s’assombrit. Cette période de ma vie, les deux dernières années de mon existence humaine, qui n’avaient rien eu de joyeux. Je m’y étais couvert de gloires mais diable, que de souffrances ! J’avais donc connu son grand-père et sachant cela, elle avait un petit quelque chose de Von Sahr… Vus les regards qu’elle me lançait, je savais très bien que je pourrais sans nul doute me nourrir à son cou avant la fin de la soirée, et jouir de ses jupons retroussés. Je glisse un regard de connivence vers Morgane.


| Votre aïeul était donc un brave, madame. La Grande Redoute de Borodino ne fut prise qu’avec notre concours et le sang des héros bénit cette terre maudite de Russie. Puis-je vous laisser un instant ? |


La jeune femme glousse et m’offre sa main, sur laquelle je dépose un baiser. Je me tourne vers Morgane et l’accompagne en retrait de la piste de danse, vers d’autres flûtes de cristal emplies de champagne. Je glisse, alors, nos premiers mots en tête à tête de la soirée.


| Tu es sublime, mère. Comme à ton habitude. Mais j’eusse espéré plus de joie dans ton regard ; tu n’as pas l’air d’avoir été transportée par mon retour, préférant ce vieux grigou de politicien à ton rejeton tout droit revenu de six ans d’enfer américain. Devrais-je t’implorer pour une quelconque marque d’affection, ou dois-je épancher ma douleur d’être ainsi délaissé en allant trousser la Von Sahr, qui se donnerait sans nul doute, sans le savoir, au frère d’armes de son ancêtre ? |


je la défiais, jonglant entre la provocation, et la limite du respect dû au sein de la lignée à nos aînés et plus encore, à nos créateurs. Mais j’avais conscience du fait que le jeu était essentiel, ce soir, pour nous permettre de nous retrouver… Avant que je n’embarque à nouveau pour continuer ma mission.

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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Dim 22 Jan - 20:04






« Londres, 1855. Fêtes d'Empires. »
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« Ainsi vous voulez une preuve de mon émoi… » Elle s’inclinât doucement jouant de la proximité avec l’orchestre pour glisser lentement ses lèvres vers le lobe de l’oreille du saxon. « De mon affection, je n’ai pas assez saigné en mon cœur et mes veines pour en témoigner… » Soupira-t-elle. Se reculant non sans avoir laissé sa bouche frôler la peau de l’homme, son regard doucement cerclé d’or s’invita sans ses iris.

« Votre mémoire vous joue bien des tours ou est-ce votre regard qui a perdu en observation ? Elle inclina doucement la tête comme pensive et une boucle brune s’invita en cascade sur sa peau d’albâtre, dansant vers le chemin étroit de ses courbes. « Pourtant, n’ai-je pas accouru au jour de votre inéluctable fin, là, vous abreuver de vengeance et non de coquerie, n’ai-je pas mis un monde à vos pieds là où vous n’avez jamais fait un pas en mon sens ? » Elle recula à distance convenable, bien consciente des regards lointain et du changement de sonorité de la musique.

« Ainsi mon cruel enfant, puisque tel est l’adage que vous donnez a notre rencontre, je vous retourne l’objet en vous confessant que j’attends quant à moi un témoignage de votre attachement et si par celui-ci vous jugez bon à peine votre venue de convoler en étude de porcine de saxe, alors c’est que j’ai bien raison de m’attacher à mener à terme ce pourquoi je suis venu ce soir et ne prend nul risque pour un homme qui n’en prendrait aucun pour me conquérir. »

Elle porta doucement la coupe à ses lèvres jouant de sa bouche lentement sur l’alliage en cristal qui émit une fine musique. Déversant quelques limbes pétillants du breuvage sur la pulpe empourprée d’un désir ardant et calmant tout autant que la vile jalousie qui tel un venin s’insinuait dans son esprit et cherchait à l’entraver au point d’imaginer déjà les plus doux tourments et hurlements de l’importune créature qui les détaillait non loin.

« Lord Van Réiner, vous m’avez promis une danse, mais à la dame aussi, de nature généreuse et magnanime je vous libère de cette entrave, sachant que pour ma part j’ai déjà eu le plaisir de m’étourdir dans les bras fiévreux de notre noble et majestueux ministre » Elle déposa la coupe sur un petit guéridon en bois sculpté et glissa son regard vers la jeune femme qui déjà s’avançait.

« Je vais lui laisser l’honneur de partager son carnet en premier avec vous, et prendre un peu l’air, tout ce champagne et cette chaleur m’étourdissent, les jardins exquis du palais me seront salvateurs. » La jeune femme minaudait à présent plus proche, respirant faussement gênée son loup pour s’assurer le regard du lord.

« Excusez-moi, la nuit bien que fraîche me semble propice à quelques réflexions et études du ciel Londonien, Monsieur de Conte, Madame…  » Un mince sourire sur le bord des lèvres, elle lui fit une révérence des plus inclinée, laissant ainsi paraître son décolleté et les mouvement réguliers de sa poitrine mise en valeur sous l’effet constant de sa respiration et dans un mouvement félin ce redressa pour s’effacer en direction d’une des baies ouvertes, laissant à Johannes tout loisir de choisir sa destiné du moment...

« Depuis combien de temps... » Elle releva les yeux sur un Will au regard glacial qui se tenait nonchalamment contre le mur.

« Je n’en sait rien, ce soir ou plus. » Lui saisissant la main, il ajouta :

« La lignée n'a pas confiance, ils l’ont fait venir pour s’assurer de notre loyauté ».

Il se dirigea d'un pas vif vers la sortie de l’esplanade, mais Morgane se stoppa le bloquant dans son désir de l’emporter à l’écart. Will tourna la tête, étonné. Autour d'elle, la salle s'était mise à tanguer, sous l’effet de sa fine colère contenue contre son impossible frère de retour au plus mauvais des moments pour lui.

« Il ne faut pas qu’il nous entende, Morgane… » Murmura-t-il d’un air plaintif. Un souffle d'air glacial leur fouetta le visage. Elle avait vaguement conscience de se trouver sur un des petits balcons en pierre qui dominaient le jardin, mais n’avait pas eu grand loisir de profiter de la vue. Elle s'écarta de Will, arracha le masque doré qui cachait son visage et s’approcha de la balustrade. Will s’empressa alors d’aller refermer les portes vitrées derrière eux et se précipita vers elle.

« Morgane, êtes-vous donc aussi aveuglée par votre désir pour lui ? Personne ne nous a prévenu de son retour, personne… il est une épine dans notre mission, les yeux de la lignée pour vous faire tomber. »

Elle repoussa sa main et se mordit les lèvres sans le regarder, d’un mouvement elle s'appuya avec gratitude à la balustrade, dont la solidité la rassurait sans qu'elle parvienne à s'expliquer pourquoi. Quant à l'air froid de la nuit, il calmait peu à peu son envie de le gifler. Baissant les yeux, elle constata la hauteur et les allées et venues d’invités. La robe blanche semblait luminescente sous la lumière des lampes à gaz aux quelques centimètres au-dessus d’eux. Reprenant un grand souffle, le laçage de son corset fit rebondir sa poitrine qui semblait vouloir déborder de son décolleté. Elle savait que certaines femmes serraient les liens de leur corset pour parvenir à ce résultat, mais pas elle. Elle jeta un regard en coin à Will en s'efforçant de masquer sa rage.

« Tu as une mission ce soir et elle ne consiste en rien de te trouver là, traiter ton frère d’arme comme notre ennemi, sort de ma vue William ou je te jure que tu n’oublieras jamais aucun de tes propos et le fait que toi-même doute de notre valeur dans notre maison au point qu’on nous espionne. » Sur ces mots il ne demanda pas son reste et disparut, laissant sur son passage un retour de musique qui signifiait qu’il était rentré sans refermer la baie.


@J


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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Dim 22 Jan - 20:53

Le jeu s’entame. Félin, sensuel. Nous nous tournons autour, flirtant allégrement avec les limites tant des convenances que du devoir ; nous sommes sensés nous comporter en vampires matures, c’est-à-dire dévoués à la Lignée, ne vivant que pour son seul bénéfice. Mais le ministre est parti et Morgane ne l’a pas suivi. Pire, je m’apprête à la détourner de cet objectif. Je la sens elle aussi titillée par cette partie qui s’annonce, comme une lionne reniflant l’odeur d’une proie alléchante. C’est aussi l’effet qu’elle me fait ; ma créatrice est un terrible prédateur, elle croque les hommes depuis des siècles et s’est fait les crocs sur les gorges de ceux qui auraient tout donné pour avoir un soupir d’elle, ou pour lui prendre sa vie. Car jamais je ne pouvais oublier qu’elle était avant tout une tueuse particulièrement experte. Je me tends en la voyant se pencher vers moi, frôlant presque mon oreille tandis que le son de sa voix suave et sensuelle m’hérisse le poil de peur comme d’excitation. Quelle bête de tentation ; combien d’hommes avait-elle poussés ainsi à se damner ? Beaucoup trop, de mon humble avis. Mais pas assez, me soufflait la voix de la perversion, susurrant depuis les tréfonds de mon âme. Elle joue de son corps, de sa posture, pour enflammer le désir en moi. Si j’étais encore vivant, ma température corporelle aurait sans nul doute augmenté de manière significative. Je pars d’un petit rire alors qu’elle me défie.


| Vous êtes, dame de Beauregard, bien cruelle à l’égard de l’Histoire. Vous oubliez le dévouement des années qui suivirent, jusqu’à aujourd’hui. Je crains que l’âge venant, votre mémoire ne soit plus si bonne, si vous persistez à considérer avec doutes et suspicion mes élans pour vous. Cruelle ! Moi qui me languissait de la volupté de votre compagnie, dans les froides nuits canadiennes, où l’on risquait de geler ou de se faire dévorer sans vergogne par quelque parodie d’humanité. |


je tire alors de mon veston un morceau de tissu, couvert de pampre écarlate qui trace pour elle l’histoire de la Lune, pour le peuple qui m’aida le mieux dans mon entreprise d’extermination des lycanthropes.


| Pour vous, duchesse, l’Histoire de cet astre lunaire vu par les indigènes de l’Alberta, les Inukomets. Il est dit que la Lune vola à la Terre toute beauté et que cruelle, elle venait la narguer chaque nuit pour irradier de ce que la Terre n’avait plus, dès lors. Vous pouvez y voir quelque métaphore pour ce que j’endurais, seul en terre sauvage, entouré de loups, alors que j’étais si loin de vous. |


Je me joue d’elle, mais le cadeau comme le compliment sont sincères. Elle m’a manqué. Je la désire, mais plus que ça, je l’aime. L’affection qu’elle me vouait juste après ma transformation n’était pas venue immédiatement, chez moi. Mais elle m’avait voué tant de fidélité et de retours de faveurs depuis ce jour que j’aurais été bien ingrat de ne pas lui rendre la moindre affection. Je souris, masquant un rire, alors qu’elle botte la balle en touche et mets la partie en pause ; je sais très bien qu’elle attend ainsi mon prochain mouvement. Je la laisse accomplir sa tirade, la dévorant d’un regard concupiscent, avant de me retourner vers ma nouvelle cavalière toute désignée. Je me tourne vers l’allemande qui me détaille de son joyeux regard d’un vert profond. La courbe de ses seins est généreuse et lan chute de reins, prometteuse. Mon choix est fait et je la gourmande de compliments et de mots doux sur la piste de danse, pendant un menuet militaire en honneur des commandants français et anglais sur le front de Crimée. La jeune femme part d’un rire cristallin, et il faut plusieurs minutes pour que je retrouve l’odeur. Je ne reviens pas tout de suite vers Morgane, la laissant mariner, un peu jaloux à l’idée de l’autre présence que j’ai vue auprès d’elle. Mon regard se fait plus vif, plus rusé. J’échange quelques mots qui font éclater de rire la demoiselle, qui me couve d’un regard passionné alors que je l’embrasse à nouveau sur la main, la lui tenant avec les deux miennes, pleines de promesses et de caresses plus douces, plus ardentes. Je réapparais derrière Morgane, alors qu’elle passe ce que je sens, d’expérience, comme de la colère, et reprends d’un ton badin.


| Mon « frère » est à ce point content de me voir qu’il reste dehors ? Ciel, moi qui pensait qu’il ne tâchait plus ses draps et jouirait de vos faveurs, en mon absence, madame… Je suis déçu. Il n’a donc pas grandi. Ou alors vous n’avez succombé à ses tentatives, en tous cas, pas avec assez d’entrain pour lui faire oublier son envie de ma position. C’est donc que vous m’aimez un peu, car je sais qu’en amour, avec vous, il ne peut pas y avoir de doutes ou de suspicion. L’homme frustré est mon  plus beau cadeau pour ce soir, car sa frustration même est la preuve que j’attendais. Quant à moi… |


Je m’incline à nouveau, avant de relever un regard tentateur orné d’un sourire mutin, quand je souffle :


| Je vous offre quelques délices dans un carrosse qui peut nous mener dès à présent dans les appartements que j’occupe. Ces délices sont sans nul doute imprégnés de quelques fragrances que je connais bien et que je peux vous conseiller ; odeurs boisées du Thüringer Wald, fragrances tout autant délicates qu’accompagnées de fruits des bois de Dübeiner. Je gage que ces gourmandises vous plairont, Duchesse. |


Je me penche vers elle, lui confiant un secret au creux de l’oreille.


| Et je pourrais, dès lors, vous témoigner mon affection bien comme il faut entre deux bouchées de saxonne, ma douce, j’ai appris quelques petites choses auprès des sauvages qui pourraient intéresser une esthète telle que vous. |

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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Dim 22 Jan - 23:11






« Londres, 1855. Fêtes d'Empires. »
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Les fruits manquent, l'amour meurt, et passe le temps,
Tu te nourris d'un souffle éternel,
Vivante après d'infinis avatars,
A peine sortie des baisers de la mort.
Des langueurs rallumées et rassemblées,
Des délices inféconds et impurs,
Des monstruosités stériles,
Tu es la pâle Reine vénéneuse.
Algernon Charles Swinburne, « Dolores »

La lumière au-delà des baies vitrées, à la pâle lueur du ciel. Elle avait envie d'arrêter le temps, de savourer ce moment avec Johannes, de respirer son odeur à la fois fraîche et piquante, de sentir son cœur battre comme le sien avec la force et la régularité du ressac.

A contrecœur, elle leva la tête vers la baie croisant au loin Johannes qui faisait rire la jeune gourde de saxe au charme aussi éphémère que son passage sur terre. Elle pouvait sentir la haine se glisser dans son ventre, alors que refluait le souvenir de l’homme au bras de son épouse, de son amant s’envolant pour une vie bien à lui. Repoussant l’appel de la jalousie, de la colère elle se détourna de la scène les laissant à leurs menuets explorant du regard l’horizon illuminé de la ville. De son perchoir en pierre elle pouvait voir les rénovations d’une ville mainte fois endolorie par les années. Elle se demanda un bref instant à quoi ressemblera Londres plus tard, y aurait-il au autant d’attrait pour elle qu’il y en avait en cet instant. Serait-il aussi secret et charmeur ? Un bref sourire se glissa sur ses lèvres alors que ses doigts jouaient des gravures sur le loup doré abandonné sur la balustrade. Quelques voies se soulevaient autour d’elle, mais elle n’y portait aucune attention, telle un gisement de marbre blanc, une romantique illustration de l’art funeste volé aux statues antiques, elle restait là, détaillant l’horizon et attendant le moment où il viendrait à elle, heureux de se jouer de leurs inclinaisons. Elle se demanda un instant si le monde ne se fichait pas d’elle, comment pouvait-elle ainsi tenir à lui, comment avait-elle pu sombrer là où jamais avant elle n’aurait offert le bénéfice du cœur à un autre ? Pas même de son vivant elle n’avait tenu à un autre de la sorte et doucement elle revint à la conclusion limpide que William n’avait pas tort. Oh il se fourvoyait sur la raison de la venue de Johannes, cela elle le tenait clairement pour acquis, mais il avait raison sur un point, elle était capable de tout pour l’avoir, pour être avec lui et cela nuisait à d’autres plans.

Poussant un soupire las elle se promit de punir le sort de lui interdire la paix intérieure en cet instant et elle se détourna de l’horizon en sentant le frisson unique de l’approche du vampire à ses côtés. Son regard qui jusqu’alors n’avait plus été que froideur, s’adoucissait bien malgré elle et alors qu’il l’invitait a une débauche fort tentante. Ses yeux bleus sombres avaient leur distance et leur désinvolture habituelle. Ils semblaient transparents comme du verre et ils exprimaient plus que le désir. D’une certaine façon il faisait naître en elle une tendresse dont elle ne se serait jamais cru capable de ressentir. Elle en oublia de protester quant à sa mission. « C’est de la folie » Songea-t-elle, elle ne pouvait pas fuir avec lui, et pourtant tout en elle brûlait de rejoindre le carrosse autant que la morsure de la luxure, que l’envie d’entendre le dernier souffle de la saxonne, pire elle brûlait d’une profonde envie de la voir gindre de douleur en voyant sa mort venir. Explorant les limites de sa triste vie et du plaisir ultime de l’ébat serait passé après les ordres et besoins de la lignée, non vraiment elle aurait dû fuir cet endroit et lui ordonner de l’attendre avec son jouet, qu’elle viendrait plus tard. Mais au lieu de cela elle restait immobile et silencieuse, elle laissait Johannes jeter au loin les projets du soir, là où elle avait sommé Will de les tenir. Un fin sourire se glissa sur le coin de ses lèvres, alors qu’il terminait son invitation sur un coup de poker des plus tentant.

D’un mouvement rapide, certaine à présent de leur intimité elle l’attrapa et le propulsa entre deux colonnes murales, plaquant son corps contre le siens à l’ombre de tout regard. Puis glissa ses doigts dans ses cheveux et sa bouche sur le bord de son menton puissant sans pour autant prendre ses lèvres, qui pourtant l’appelait tel des sirènes qui vouaient à leur pertes les marins. Avec un long soupir, comme si elle retenait son souffle depuis des mois. Hypnotisée, elle prit à pleines mains sa chevelure puis inclina sa tête pour retrouver le lit envoûtant de sa gorge et de son oreille.

« Johan… » Murmura-t-elle, elle dénouait ses mains autour de sa nuque pour ôter ses gants, qui rejoignirent son masque par terre. « J'ai tant espéré ce moment... » Souffla-t-elle, sans dire un mot de plus, elle se tint immobile, le regardant fixement tandis que seuls ses ongles exploraient du bout des doigts son cou, ses joues puis le contour de ses lèvres comme s'il cherchait à les graver dans sa mémoire. Ses traits par chaque caresse, faisaient ainsi bondir son cœur dans sa poitrine. Ses yeux aussi sombres que le fond des océans elle le couvait d’un expressions tendre, émerveillée.

Elle ne bougea pas son corps contre le siens, tandis que ses doigts quittaient sa bouche et glissaient jusqu'à son cou une nouvelle fois. Elle ferma les yeux à demi en sentant sous sa main les pulsations d’air de sa gorge dénudée, et des images de son séjour à bord d’un navire le conduisant ici lui revinrent en mémoire. Elle se souvint qu'un soir, le bateau avait traversé une zone où l'océan miroitait étrangement, et qu'il avait tracé un sillon lumineux dans les flots. Or il lui semblait que le regard de Johannes laissait les mêmes traces sur sa peau. Elle s'embrasait chaque fois qu'il la touchait et sentait encore longtemps le contact de ses doigts après sur sa peau.

« Êtes-vous si prompte que je dois oublier ma mission pour vous démontrer comme vous m’avez manqué » Murmura-t-elle. «Ah ! Dieu ! que l'amour fût comme une fleur ou une flamme, la vie comme le nommer d'un nom, que la mort ne fût pas plus pitoyable que le désir, que toutes ces choses n'en fussent pas une seule et la même ! », souffla-t-elle, en reculant lentement.« Vous aiguisée ma faim, Johannes, mais elle attendra avant que vous me conduisiez à, votre attelage, nous n'avons que quelques heures avant que je sois l'obligé du Ministre, nous n’en perdons pas d'avantage… » Souffla-t-elle amusée, refoulant son désir, elle esquissa un sourire et chercha du regard William, qui la toisa d'un air sombre depuis une rangée de sièges, et n'avais visiblement rien manquer, des échanges verbaux de sa maîtresse. Elle lui rendit une œillade perplexe se pencha vers Johannes, avec un geste tendre, mais ferme, elle prit la main de vampire. « Vous me devez une danse, votre Badische Schneckensuppe, attendra bien, quelques minutes de plus, ou réalisera sa fadeur, à moins que vous m'enleviez bien sur... » elle lui lança un regard de défit.


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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Lun 23 Jan - 21:25

La partie enflait en même temps que son enjeu. Je ne saurais dire comment ni combien j’aimais Morgane, mais je l’aimais, c’était certain. Je n’avais jamais ressenti ça pour une femme, pas même pour la mienne, jadis. Toutefois, cet amour prenait tant de teintes différentes qu’il était malaisé pour moi de savoir véritablement à quoi m’en tenir. Je la considérais à la fois comme la maîtresse la plus douée qu’il m’ait été donné de rencontrer, comme ma mère, comme mon mentor, comme mon alliée, comme ma meurtrière… Tout cela était parfois trop compliqué à gérer, à ressentir. Mais je l’aimais, malgré tout. Pour toutes ces raisons. Nous nous enflammions littéralement, pour le meilleur comme pour le pire. Les dégâts et bénéfices collatéraux de notre relation étaient légion ; nous avions fait couler beaucoup de sang et d’encre, aussi bien dans le monde des vampires que dans celui des hommes. Je finissais par rejoindre ma maîtresse, au sens propre comme au figuré, et humais son parfum qui me manquait atrocement, malgré toute la débauche de sang, de sexe et d’horreur que j’avais vécue dans le Nouveau Monde. Ma bouche s’arqua en un mince sourire satisfait, savourant la victoire que je lisais dans le beau regard azur de la Nocturne Rouge, qui était comme je le pensais appâtée par ma proposition.


Je connaissais bien Morgane, depuis plus d’un demi-siècle maintenant. Nous avions déjà beaucoup partagé, malgré ma jeunesse. Je savais que Morgane était le plus souvent froidement concentrée sur ses objectifs et qu’elle jouissait des péripéties pour les atteindre sans la plus petite vergogne. Mais je savais aussi qu’elle aimait deux choses plus que moi et plus que la réussite de ses ambitions, de ses manœuvres. La belle adorait depuis toujours la suavité du stupre et la sensualité de corps dégoulinant de sexe et de sang. Je l’avais déjà acquise à ma cause, j’en étais maintenant certain, et mon âme rugissait en mon for intérieur. Elle me surprend, toutefois. Elle qui toujours se fait désirer, et laisse les autres mettre bas les armes en premier, voilà qu’elle me bouscule et me plaque contre le marbre pour passer ses mains dans mes cheveux, repoussant en arrière une mèche de cheveux blonds. Elle joue de ma gorge et me souffle se fait plus ténu, alors que je la sais capable de me briser en deux si tel est son désir. Mais son désir, heureusement, est tout autre et elle murmure mon nom, pour retirer ses gants. Et voilà qu’elle s’abandonne à l’instant, à ma présence. Je ferme doucement les yeux ; inspirant son odeur à pleins poumons.



| Et moi donc, Morgane. Je rêvais de toi à chaque instant, et ton nom effleurait mes lèvres à chaque vie que je prenais, à chaque fois que je bravais la mort. |


Confession coûteuse ; un homme, un soldat, ne se confie d’ordinaire pas si aisément. Je partage plus en cet instant, en un regard dans le chrome de son regard bleu comme l’océan, qu’à n’importe quel autre moment de mon existence. Et la voilà qui avoue enfin, pour de bon, combien je lui ai manqué. Je me penche vers elle avec un regard complice, un sourire de connivence.


| Et je me fais fort d’effacer pour toutes les prochaines nuits les souvenirs fugaces de vos autres « obligations », je compte bien, Duchesse, oblitérer tous ces rivaux et m’imprimer à vous comme la seule vérité qui soit valable ; je n’existe que pour vous. |


Romantisme typique du XIXème siècle, qui m’avait vu grandir, mais j’en pensais pourtant chaque mot. Je savais fort bien que Morgane multipliait toujours les conquêtes où qu’elle aille, et m’avait appris à faire de même. Mais je voulais m’imposer, non sans une certaine possessivité, comme l’unique personne qui s’imprime dans son esprit à chaque fois que le plaisir lui chamboule l’âme. Je capte moi aussi le regard de William lorsque nous quittons l’endroit, et lui adresse un vague signe de tête. Un point de plus pour moi, un peu plus de haine et d’envie de sa part. Mais qu’importe. A quoi sert-il de vivre pour l’éternité si on ne sait pas vivre dangereusement ? Je prends la main de Morgane et la porte à mes lèvres, où j’y dépose un baiser sensuel qui s’attarde quelques secondes de trop. Mes lèvres encore sur sa main, je redresse mon regard sur le sien et l’invite des yeux.


| Comme chaque instant nous est compté par votre bonhomme de Ministre, je me plais à vous rappeler que ma propre « invitée » ne nous attendra guère longtemps… Laissez-moi quelques minutes d’avance. Et rejoignez-moi. Ce sera l’attelage aux couleurs du Konprinz de Prusse ; il n’y en avait pas d’autre à ma disposition. |


Je redépose un baiser plein de promesses sur sa main, avant de me dérober. J’avance, main sur le pommeau de mon épée, jusqu’au dehors où les Coldstream saluent mon grade. Je monte dans le carrosse fermé, rideaux tirés, où je perçois de la lumière et reconnais l’homme de la Lignée pour le conduire. Mon poids fait grincer la marche de fer, avant que j’ouvre la porte. La jeune femme rit et se gourmande de mon retard, me demande de me faire pardonner. J’accroche son regard et le mien, intense, charme ses sens.


| Meine Frau, il me semble que vous ayez jeté votre choix pour agrémenter votre soirée sur la mauvaise personne. Vous allez sans doute y laisser la vie, en tous cas, quelques unes de vos merveilleuses plumes. |


Elle pleure, charmée par l’hypnose vampirique ; elle ne peut pas me lâcher du regard et fera ce que je lui dis… Je vins embrasser son cou ; je sens sa peur comme son excitation courir dans ses veines à la mesure de ses battements de cœur qui s’accélèrent. J’embrasse la peau mince et fragile de sa clavicule, descend vers la poitrine.


| Vous ferez tout ce que vous ordonnera la femme qui rentrera dans quelques instants. Que cela porte atteinte à votre vertu, à vos préférences, qu’importe. Vous vous donnerez à elle. Ce soir, elle sera votre dieu. |


Frôlant l’arrête de sa mâchoire de mes crocs, je vins murmurer à son oreille.


| Mais je vous jure que vous jouirez de ceci à chaque instant ; nous ne sommes pas des monstres… |


Je partais d’un petit rire alors que je sentais ma créatrice arriver. Je m’affale bien dans le fond du dossier de velours des sièges de l’attelage, des plus confortables. Et je retire vers le bas les volets de bois qui masquent ce qu’il se passera à l’intérieur, tout en donnant deux coups de poing contre le toit, embranlant l’attelage. Le cocher savait où aller. Je présentais la donzelle d’une main à Morgane.


| Prenez, Duchesse. Elle est toute à vous. Et connaissant votre goût pour les fluides carmins les plus sucrés, je gage que ceux-ci raviront vos papilles, ou n’importe lequel de vos désirs… |


En bon enfant obéissant, je lui réservais la première saignée, le premier baiser, le repas tout entier si c’était ce qu’elle désirait.

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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Mar 24 Jan - 15:51






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Mais pourquoi je maudis le spectre du trépas,
De toute la colère en mon cœur amassées,
Ce n’est qu’aujourd’hui ta vie est loin de moi placée,
Si loin que de nos voix l’appellent ne s’entendant pas.
« Lord Alfred Tennyson »

Le regardant s’éloigner elle ne bougea pas, laissant la brise du soir faire danser lentement quelques-unes de ses boucles. Un bref, instant elle se revit bien des années plus tôt…

Morgane se tenait au bord d’un précipice, dans une région inconnue de la paix, brûlée par la guerre. Devant elle, la falaise verdoyante s’abîmait dans le vague, dans un océan sombre de mort et de cadavres. Au loin la mer dansait sur l’horizon, des mouettes braillardes volaient en cercle au-dessus de sa tête. Un chemin caillouteux serpentait à flanc de falaise. William marchait à quelques pas devant elle, vêtu d’une longue redingote sombre tachée de boue et de sang, les cheveux ébouriffés par le vent qui décoiffait avec ardeur les boucles sombres de Morgane.

Le ressac emportait avec lui une odeur d’iode et de morts.

« William ! » Cria-t-elle dans un accent imprégné par sa naissance. Il ne se retourna pas, non faisant quelques pas rageurs de plus, il se stoppa pour détailler le morne horizon. Au loin la lune éclairait de son halo le paysage d’une façon féerique, les corps pales à jamais figés luisaient tels des gisants pliés sous une rude tempête.

« Je sais, on recherche le régiment impérial de Saxe, ce que je ne sais pas c’est pourquoi. » Il écarta les bras et le vent souleva les pans de son manteau comme des ailes.

Silencieuse Morgane balaya la scène du regard, tentant de contenir une angoisse grandissante qui étreignait depuis des jours. Elle craignait d’arriver trop tard, que le temps lui manque, et cette peur qui brûlait son ventre semblait l’entraver de toute raison. Il était là quelque part, souffrant, brûlant, luttant pour vivre, et elle savait intimement que le sang qui coulait en elle le sauverait d’un destin lugubre. Morgane n’avait jamais aimé de son vivant et il fallut des années pour que son cœur s’éprenne à présent ceci était fait, elle le vivait mal, pire cet état de fait l'insupportait. Elle souhaitait sa sécurité, elle brûlait de le savoir en vie et sauf, même loin d’elle. Si durant quelques mois elle l’avait haïs de l’avoir repoussé, de l’avoir jugé sûrement monstrueuse pour se détourner d’elle dès qu’il eut su ce qu’elle était. Mais le temps avait pensé les plaies et si elle aurait voulu fermer le livre, l’oublier, il venait souvent hanter ses jours. Il n’avait pourtant rien de plus que l’homme à ses côtés, rien de moins non plus. Il n’était pas plus valeureux ou moins courageux qu’un autre. Non elle ne s’expliquait pas son émoi, son attachement. Pire elle considérait cette chaîne qui l’unissait a lui tel à  une épée de Damoclès. Pourtant elle était là parcourant les champs-Élysées, terre brunie de sang et maudite de par la vie. Elle détaillait les trais du moindre corps qui arborait son uniforme ou sa toison dorée qui faisait de lui un parfait arien de la mythologie allemande.

Poussant un soupire face à la question récurrente de son compagnon, elle avança d’un pas.

« William, ceci est votre mission, vous n’avez pas besoin de mes raisons, si vous voulez vraiment ma confiance et rentrer à jamais dans mon univers, il vous faudra apprendre à faire avec des ordres qui ne vous seront pas expliqués, ainsi si demain je vous demande de dé-fleurer avec ardeur toutes les pucelles russes sur notre route, j’attends de vous que vous le fassiez avec toute l’ardeur que j’évoque à votre cœur, quelque soit la répugnance des corps à honorer de votre personne. Ce n’est qu’ainsi que vous gagnerez mon intérêt total et mon désir de vous savoir tel à moi pour les années futures. » Elle marqua un temps alors qu’il laissait lentement retomber ses bras. « Et en cet instant mon bon plaisir est de mettre la main sur ce régiment, m’aimez-vous assez ou souhaitez-vous rentrer en France ? »
Il se retourna interloqué comme blessé.

« Je vous aime au point de mettre ma vie à vos pieds et celle de tout ce qui vous plaira Morgane, je suis juste malade de jalousie, j’ai la sensation que vous recherchez un autre que moi. »

Remontant sa jupe pour reprendre sa marche elle se glissa sur le chemin.

« C’est le cas, quelle question, nous cherchons un autre que vous ou nous ne serions pas ici, mais comprenez bien Wiliam, ce que nous cherchons n’est pas votre remplaçant, c’est vous qui le remplacez, alors ne serait-il pas judicieux de penser que dans le compte il serait plus à lui d’être jaloux en vous voyant, allons-y le jour s’en vient et je dois trouver un refuge, vous connaissez mes attentes et mes souhait. » Elle attrapa son visage et l’embrassa, « La jalousie sera votre perte mon bel amant, car jamais je ne serai assise à un homme, humain ou non. » Sur ces mots elle le dépassa…

Doucement la valse qui s’élevait dans la vaste salle de bal la ramena à une autre époque, un temps tout aussi lointain, ou simplement vêtue d’une robe d'été par une soirée au loin quelques rires se soulevèrent dans une soirée au flambeau, le jardin semblait luire de mille feux, la nuit parfumée des arômes de grillades était encore jeune et fraîchement arrivée en ville, Morgane détaillait les convives à cette mascarade organisée pour ce qui semblait être une fête de mariage des plus singulières dans la haute société en exil campagnard. Les discussions militaires et politiques faisaient leurs œuvres et les quelques dames encore détachées des faits d’armes parlaient chiffons et toilette au milieux de ce spectacle, la jeune femme, restée silencieuse, fraîchement présentée comme la cousine Française de la couturière de la ville, elle n’écoutait déjà plus les dames qui tentaient de lui voler quelques actualités sur les tenues de la cour impériale. Laissant le soin à sa créatrice de tenir conversation, pendant qu’elle jouait d’un éventail et glissait son regard sur un jeune lord qui venait d’apparaître. Elle ne releva le nez vers ses compagnes qu’au moment où l’une d’elle gloussa en repérant le jeune homme et demanda des nouvelles à celle qui semblait-être sa génitrice. Enregistrant de ce fait l’affiliation et du beau blond au regard des plus perçants…

►►◄◄

Pourquoi ces souvenirs lui remontaient-ils ainsi à la surface, était-elle devenue sentimentale avec l’absence ? Sûrement. Poussant un petit soupire, elle glissa ses mains sur ses jupes et emprunta l’escalier à la suite du jeune homme. Son parfum unique lui indiquait délicieusement le chemin et elle trouva sans le moindre mal la voiture qu’il avait pris soin de lui indiquer. Détaillant un instant le jardin et les ailes du palais, elle eut un instant de remord, un bref moment de rappel, piquant que sa mission devait primer. Mais ce petit revers fugace ne fut pas assez puissant pour retenir ses pas et quand la porte s’ouvrit sur un petit lieu clos où elle croisa les yeux de Johannes, elle n’y pensait déjà plus. Se glissant dans le petit endroit elle détailla la jeune femme sagement soumise au plaisir du vampire.

« Prenez, Duchesse. Elle est toute à vous. Et connaissant votre goût pour les fluides carmins les plus sucrés, je gage que ceux-ci raviront vos papilles, ou n’importe lequel de vos désirs… »

Un petit sourire glissa sur ses lèvres, envisageant le présent avec froideur.

« Retirez votre mitaine, elle n’a aucune grâce dans notre affaire, lady. » Murmura-t-elle alors que le véhicule se mit en marche. La jeune femme se plia à la demande alors que Morgane se glissait un peu plus aux côtés de Johannes, effleurant son corps, réduisant la distance entre eux. De son pied elle tapa sur un petit coffre commun à toutes les voitures où on y rangeait armes et gobelets en fer, bouteilles pour les voyages les plus longs, un petit clic se souleva et d’un geste elle se saisit de l’objet convoité sans le détailler et de son autre main récupéra le bras de la jeune femme qui tressaillait.

« De grâce, n’aillez point peur, ceci n’est que l’affaire de plaisir, la douleur est succincte et vous procurera bien plus de sensations. » Souffla Morgane en changeant d’assise pour se placer aux côtés de la saxonne qui ne lâchait pas des yeux le jeune homme, relevant le bras de la jeune fille, Morgane le tourna délicatement. Glissant son index le long de sa peau jouant des marbrures bleutées de son épiderme et sans plus de cérémonie, le regard planté sur Johannes elle planta avec vigueur ses dents affûtées dans le poignet de la jeune femme qui sous l’effet de la piqûre poussa un gémissement. Le sang brûlant caressait lentement la bouche de la vampire, glissait le long de ses dents, de ses lèvres et réchauffait lentement le corps de le non-morte qui se délectait du met vitale de la jeune femme qui poussait cette fois un gémissement de plaisir endolori par le venin du baiser mortel. Après quelques gorgées salvatrices, la jeune femme relâcha la plaie et glissa le gobelet finement sculpté sous le flux de sang. Un petit bruit ruisselant sur le métal se souleva alors qu’elle ordonnait à la jeune femme de ne pas en perdre une goutte. Lui figeant dans sa main valide l’objet.

D’un mouvement rapide qui fit vaciller l’attelage Morgane délaissa la jeune fille à son menu travail de remplissage et glissa ses lèvres empourprées de sang sur celles de son acolyte. Fiévreuse de l’enivrer d’un baiser rafraîchissant, rougissant la bouche du lord du sang de leur prochaine victime.  


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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Mer 25 Jan - 21:18


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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Jeu 26 Jan - 14:54






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Les préliminaires, sans eux ne serions-nous pas tels à des animaux ? S’accouplant pour la somme, sans se prévaloir des délices de l’excitation qui doucement enivrent notre corps pour n’en faire qu’une prison de plaisir ? Nos bouches ne seraient-elles pas réduites à si peu et nos mains contraintes à de basses besognes ? Non sans prémisses, nous ne serions rien de plus que des sauvages voués à quelques pulsions sans durée de plaisir.

La tendresse, la violence, l’ardeur et la passion ne sont-elles pas aussi capitales dans l’instant que la jouissance ultime ? Chaque parcelle de nos corps est faite pour captiver le plaisir et l’art d’en éveiller chaque limbe et tout aussi important que l’enjeu final, il ne fait que renforcer le besoin ultime d’emprisonner l’autre dans un instant dévolu..  




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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Dim 12 Fév - 15:43



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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Ven 17 Fév - 23:22






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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Lun 27 Fév - 16:51






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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Mer 8 Mar - 9:38






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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Lun 27 Mar - 20:38






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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Dim 2 Avr - 15:55

Nous avons sans doute fauté, aujourd’hui. Mais qu’importe. La revoir était trop bon, trop important, pour que je me prive du plaisir de corrompre et de m’aliéner sa volonté. C’était ainsi, je ne me voyais tout simplement pas faire autrement. Je n’étais pas du genre à mésestimer la puissance de notre lignée et de nos supérieurs hiérarchiques, mais je n’avais pas pu m’empêcher de venir jouer avec Morgane. La vieille vampire m’avait trop manqué, sa classe, sa distinction et sa sauvagerie m’avaient été trop longtemps retirés pour que je loupe volontairement cette occasion. Bien sûr, cela voulait dire aussi que je me mette en porte-à-faux par rapport à notre hiérarchie mais qu’importe, il fallait savoir vivre dangereusement. Et la fortune sourit aux audacieux. Maxime grecque que j’avais apprise il y avait bien longtemps et que j’avais appliquée toute ma vie, surtout depuis que j’avais rejoint les Myklebust, qui s’étaient avérés être une lignée constituée de combattants belliqueux. Je pars d’un petit rire lorsque Morgane me fait une bien terrible et alléchante promesse.


| Des sévices ? Qu’ai-je donc fait pour subir ton mécontentement ? Moi qui avait l’impression de t’avoir plutôt fait plaisir par cette petite « escapade »…. |


La vampire joue de moi, joue de mes sensations, de mon désir. Elle m’aguiche avec force expérience ; elle est depuis des siècles maîtresses dans l’art de la séduction et il est impossible de nier ses talents dans ce domaine. Elle me relance sur sa soif d’apprendre ce que j’étais devenu au fil du temps, sur mon désir de voir ce que j’avais pu faire au nom de la lignée et des Myklebust pendant ces quelques années qui venaient de passer. Je lui souris d’un air carnassier alors qu’elle m’accuse –et je le mérite- de nombreux maux.


| J’ai traqué des bêtes des Appalaches jusqu’aux Rocheuses. Ces montres sont légion, au Nouveau Monde. Aussi galeux qu’en Europe, mais plus nombreux, plus brutaux aussi. Ici, ils ont appris à se cacher. Ce n’est pas le cas là-bas. J’ai bénéficié du soutien des maisons locales et d’humains que nous avons su recruter, mais je pense que là bas aussi on aura du mal à en finir avec cette vermine, ça pullule. |


Je passe mes lèvres sur sa peau, y léchant le sang qui commence à coaguler. La vampire me confirme n’en avoir pas fini avec moi, et réaffirme sa volonté de détruire toute forme de témoins de ce qu’il venait de se passer. Pauvre cocher, qui n’avait rien demandé à personne… Et qui devait avoir l’habitude de travailler pour la lignée, comme il ne s’était pas arrêté ni n’avait poussé d’interrogation avec les bruits qu’il avait forcément entendus par-dessus le bruit de l’attelage. Je lui souris d’un air complice après sa belle et terrible déclaration.


| Je suis donc rassuré ; te voir préférer un vieux ministre britannique bedonnant à ta création m’eut froissé, je te le concède aisément… |



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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Dim 2 Avr - 20:26






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Continuant à se jouer de nos corps emboîtés l’un à l’autre dans un mouvement humain et suave, elle l’interrogeait sur sa vie au loin, sur ses œuvres. Ainsi elle apprit qu’il faisait face aux loup-garous aux côtés d’autres maisons, fortifiant les alliances de la lignée pendant qu’elle faisait œuvre de tractation avec la vieille noblesse anglaise et la jeune et ingénue couronne française. Sans se départir de son jouet préféré – le corps de son sujet – Elle tendit la main pour pousser la petite trappe qui donnait sur le cocher.

« Highgate. » Dit-elle sans la moindre cérémonie avant de refermer la trappe et de reporter son attention sur son partenaire.




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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Mer 19 Avr - 19:03

Je ne suis pas rassasié. Des années de vaches maigres aux Etats-Unis d’Amérique m’ont laissé sur les crocs, et l’image n’est pas si mal trouvée quand on observe, attentivement ou non, la dévastation environnante. Nous n’y sommes pas allés de main morte dans nos retrouvailles, de cela au moins je suis certain. Cette évidence s’impose à nous par litres de sang entiers, barbouillant l’intérieur de l’attelage du sol au plafond, nos corps également. Jamais nous ne parviendrons à passer inaperçus si nous sommes forcés de débarquer dans l’instant, mais qu’importe finalement, car l’homme en tête du coche n’est jamais qu’un homme de main de la lignée, l’âme damnée de nos seigneurs de cette contrée. Je ne me fais pas de soucis pour la suite , et quand bien même problème il devrait y avoir, j’avais confiance en mes capacités au moins autant que dans mon aptitude à savoir gérer la mort depuis bien assez longtemps… La vampire ne sort pas vraiment mais indique, par une trappe située dans la paroi, notre destination. HIghgate. Je ne connaissais pas. Pour être honnête, je ne connaissais pas grand-chose de Londres et me contentais de ce que je savais déjà ; ce corps qui brûlait contre moi.



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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Jeu 25 Mai - 4:31






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Souffler, respirer, se détendre, toutes ces choses simples qui composaient une vie humaine, qui n’avaient plus aucune importance pour elles et qui pourtant en cet instant lui revenait, alors qu’elle aurait dû avoir l’esprit accaparé par bien d’autres vices de son existence. A bien y penser elle se disait simplement qu’en un autre temps, un autre monde, tout aurait sûrement pu être différent. Elle s’était réinventé au fil des ans, des douleurs ou des ruptures morales. Petit à petit la vie avait enfermé celle qu’elle était pour ne faire d’elle que ce que d’autres aimaient voir et attendaient d’elle. Même lui qu’elle aimait d’une façon bien propre à sa vie ou sa non-vie n’avait rien de plus à lui offrir que ceux qui cohabitaient dans ce monde avec elle. Il ne la connaissait que peu ou simplement, il ne connaissait d’elle que ce qui lui avait plu ou déplu, sans en chercher même les causes, il la désirait simplement car elle l’avait captivé un temps, sûrement amusé et clairement lui offrait tout le plaisir qu’un homme attendait entre les cuisses d’une femme. J’aimais qu'il ne la regarderait comme il avait sûrement regardé sa femme assoupie à ses côtés par le passé. Jamais il ne s’était attardé à la questionner sur la femme qu’elle fut avant de devenir celle qu’il caressait ou aimait à malmener d’assauts virils, qui lui donnaient une certaine appartenance. C’était pourtant à la fois rassurant de se dire qu’on savait tout de l’autre quand lui en savait quelque part si peu. A ses yeux elle était Morgane, sûrement une noble lignée française, comme lui qui avait croisé un jour la route de celle qui l’avait embobiné. D’ailleurs pourquoi songer à cela en cet instant, il aurait été fou, voir suicidaire de lui ouvrir la boite de pandore, lui donner le pouvoir de voir celle qu’elle était encore parfois, celle qui brûlait dans la profondeur de son sommeil et l’attendait entre chaque départ. Il aurait été totalement fou de le lui ouvrit, car s’il était né de son sang, il n’était pas siens en réalité comme elle était esclave elle-même depuis des nuits, des jours, des années.

Ce petit temps mort dans leur vie la rangeait quelque peu nostalgique d’un monde qu’elle n’aurait jamais eu le bonheur de connaître et qui lui donnait à lui cette rage. Un monde fait d’un amour simple, d’une vie de famille, il avait eu tout ce qu’elle n’avait pas eu le droit de toucher. Un enfant, deux qu’il avait porté dignement dans ses bras, qui avaient porté son nom, une femme qu’il avait caressé, désiré et adoré, un foyer beau à la déraison dans un luxe d’une noblesse décadente.

Elle n’avait eu le droit qu’à la poussière, celle d’une mère à qui l'on arrache une famille, d’une ville qu’on éradique, la tendresse froide d’un couvent où on n’avait eu de cesse de vouloir faire d’elle ce qu’elle n’était pas de par sa naissance. Et finalement une première vente comme femme de chambre, au denier offert à la paroisse, en guise de remboursement pour la nourriture qu’on lui avait donné là où elle n’aurait pas eu cette dette si on l’avait simplement laissé vivre avec les siens. Une idylle naissante avec un noble pareil à celui qu’il fut et qui la renia dès qu’il eut ce qu’il désirait et qu’elle lui déplut quelque peu ou totalement. Un enfant qu’on lui arracha du ventre pour le donner à une maison dont elle n’aurait jamais le nom. Un corps souillé vendu à une maquerelle qui avait composé les racines de la Morgane utile à la lignée, et finalement cette mort chaleureuse qu’on lui reprit pour la soumettre en esclave, en pomme à sang… elle n'aurait jamais pu survivre si elle n’avait pas érigé des murailles, il ne l’aurait jamais désiré si elle avait dévoilé la sensibilité qui hantait parfois ses nuits. Voilà pourquoi elle détestait cette saxonne rousse au cœur détruit à la mort sauvage. Elle était celle qu’elle aurait voulu pouvoir être, une femme libre de son temps, cherchant à construire un avenir douillet dans un monde où l’argent n’est un souci que pour le plaisir. Elle la détestait même dans la mort qu’elle n’avait jamais eu le droit de connaître et lui aurait offert la paix. Et plus elle tardait à se défaire de l’ombre sanglante souillant les lieux, plus elle se rappelait celle qu’elle fut dans une ruelle. Fallait-il pour autant détruire le cocher loyal à la maison qui les dominait ? Oui, simplement car il savait, il savait qu’elle n’était pas à ouvrir les cuisses avec l’humain de sa mission, mais avec Johannes, il pouvait parler, il ne lui était pas loyal, pas plus à elle qu’à son amant, il l’était envers la lignée et si on venait à lui demander un rapport sur la nuit, il dirait ce qu’il savait, il leur lâcherait mots à mots chaque instant. Oh la mort de l’humaine ne serait qu’un menu fretin face à la colère d’avoir osé quelques libertés non autorisées par eux qui voulaient avoir le contrôle sur tous leurs sujets. Non il devait mourir et elle s’en chargerait dès que possible, sans témoin, nul problème.

Elle le savait de Caroline, sa mère qui avait pris plaisir à tuer tous les témoins de sa vie et même ceux qu’on ne lui avait pas demandé d'exterminer, le pouvoir est de savoir tué, savoir repousser les limites de nos cœurs pour faire ce qu’il se doit. Le pouvoir est de ne jamais se laisser soudoyer à croire qu’on vous aime pour vous-même, de bien se rappeler qu’à la moindre occasion, tous vous mettrons à terre. Qu’à la moindre occasion tous vous tournerons le dos et même ceux et celles qui pourtant vous aimaient. Eux plus que nuls autres vous poignarderont un jour...

En réalité le corps est un jouet fantastique, ses mouvements, les muscles qui se tendent, la chaire fraîche ou brûlante, tous ces composant qui ravissent le regard et détournent de la réalité morne de nos âmes enfermées. Allant et venant, offrant à son amant ce qu’il aimait le plus, le plaisir de goûter à la fin d’un monde, de voir les portes de l’enfer lui tendre les bras. Lui offrant ce qu’il attendait le plus d’elle, une dévotion à lui donner tout ce qu’il désirait d'elle. Mouvement après mouvement leurs ébats les entraînait à nouveau dans un corps à corps brutal, sauvage et marqué de la passion brûlante des orgasmes. Le plus savoureux met d’un vampire est de sentir son corps s’insuffler de tout, de la mort d’un autre, du plaisir d’un autre, telles des sangsues infernales qui décuplent leurs existences en se nourrissant du moindre limbe de l’autre.

| Ravi de te faire toujours cet effet. Je ne t’aime jamais autant que lorsque tu te démènes au lit et me fais me sentir à deux doigts d’être tué à nouveau. |

Plantant doucement ses griffes dans sa chaire, là où les marques de l’acte précédant s’estompaient déjà par le sang qui renforçait sa guérison, elle s’encra un instant dans leur union. Le détaillant couvert d’un rouge un peu plus sombre qu’à la source.

« Et bien l’avenir de ce cocher ne se discute plus, tu n’as plus assez fr sang pour m’honorer dignement, alors ou tu fais ce qu’il se doit, ou nous rentrons pour simplement dormir et nous nourrir de quelques gouttes de vin coupées au sang que la lignée m’a fait livrer pour déjouer les besoins en sang que j’aurai en vivant avec des humains. D’ailleurs ne serait-il pas plus confortable que tu séjourne pour les heures à venir dans ma demeure plus adaptée qu’un simple hôtel ? »



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MessageSujet: Re: [Livre I] Londres, 1855. Fêtes d'Empires.   Jeu 8 Juin - 13:19

[HJ :n si ça te va beauté je conclus, vu depuis cb de temps on a commencé Smile fais moi signe quand tu en revoudras un)



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